Navalon de tentadeo

Navalon de tentadeo
Navalon de tentadero. Photo de Carmen Esteban avec sa permission
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mardi 4 octobre 2011

Zebufight: Brindis à Campos y Ruedos

Parce que je sais que cela intéresse « certain » à Campos y Ruedos, j'ai essayé cette année de me renseigner sur les jeux de zébus. Mamy en avait entendu parler du coté de Fianarantso, mais ne connaissait pas exactement la chose.



Le Net est une mine inépuisable et donc j'ai trouvé, le « savika » où des jeunes gens affrontent des zébus, le jeu semblant être d'en immobiliser un en se cramponnant à mains nues par la bosse.

http://www.youtube.com/watch?v=SZoIv-sj73g&feature=related



Ce serait un rite initiatique, mais aussi une façon pour les coqs du village de se distinguer aux yeux des belles allanguies. On remarquera que comme en tauromachie de chez nous, on peut utiliser des « capes » et aussi que le cite « culier » est plutôt en vogue.

http://www.youtube.com/watch?v=rGz3GXDndaI&feature=related



On se dope avant au redoutable rhum malgache.



jeudi 29 septembre 2011

la soeur de lait (2)

Bien sûr, il y avait Mamy, pour la petite fille. Mamy et son rire permanent, curieux de tout et qui jouait toujours avec elle. Lui, la quarantaine passée, le petit dernier de la fratrie de neuf, celui à qui l'austère L . pardonne tout, non sans le morigéner, lui qui a gardé un esprit et un cœur d'enfant. Il a cette légèreté éparpillée du malgache mâle, parfois si agaçante pour nous européens qui aimons tout prévoir, portant au plus haut point le fameux « mora, mora », qu'on peut traduire par « cool » en langage ado.




Mamy a, lui aussi, fait des études supérieures en Russie. Il parle le russe, le français, l'anglais. Il fut journaliste dans une radio. Il n'a pas supporté : à Madagascar les « media » sont sous contrôle, soit pro soit anti, avec la même mauvaise foi. Il s'est essayé à la prospection de pierres précieuses. Il reste assez discret sur cet épisode, qui visiblement ne l'a pas comblé. Il s'est reconverti en « chauffeur, guide touristique ». En un an, il avait réussi à remettre d'aplomb de ses mains une épave trouvée du coté de Diego Suarez. Bon, le moteur, c'était pas réellement celui qui convenait, et dans les cotes, on n'excédait pas le 30 km/heure. Lui ça le faisait plutôt marrer, le père de la petite fille, ça l'excédait, surtout que cela le fasse marrer.



L'apprentissage du « mora mora » par ses vazahas de parents avait commencé à Foulpointe, un soir revenant d'un restaurant, sous une grosse averse tropicale. Crevaison ! « Ça arrive non ? ». Lui ça le faisait marrer. Donc, on démonte la roue, on va chercher la roue de secours, sous l'averse, bonjour les mises en plis des dames. Crevée aussi ! « Mince a dit Mamy, pas de chance !», le tout dans un grand rire ruisselant de pluie. « Merde, Mamy, tu n'as pas vérifié avant de partir ? », « ben, non » a t'il répondu en riant, simplement parce que c'est ainsi. « mora, mora » ! Ils ont fait les deux bons kilomètres jusqu'à l’hôtel à pieds, sous la pluie de déluge. Le lendemain matin, tout était réparé. Très tôt Mamy avait amené ses roues chez un « vulcain » local, ils foisonnent partout. D'ailleurs les pneus usagés labellisés « Europe » sont très appréciés ici. Ils sont pratiquement neufs, pour ici. « Comment as tu emmené tes roues ? ». « En les poussant». Ils apprendront que Mamy n'aime pas dévoiler ses secrets, encore moins ses solutions. Seul le résultat compte.



Et là nous sommes dans la « démerde » typiquement malgache. Décidément, ce véhicule aura donné pas mal de soucis : peu de jours après, plus de freins. Heureusement ils étaient en ville à Tamatave. Pas de problème, un coup de téléphone, une heure sous la voiture et ça y était. Cerise sur le gâteau, un autre soir au sortir d'un restaurant, toujours à Tamatave et durant ce même voyage, plus d'embrayage. Qu'à cela ne tienne, « c'est la coupelle » dit Mamy rassuré. Il avait ameuté des malgaches pour faire démarrer la voiture en la poussant, en seconde, ce qu'elle fit avec difficulté et forces ruades ; les autres, avaient rejoint l’hôtel à pieds.



Les parents de la petite fille, surtout son père, un teigneux parfois, s'inquiétaient, car le lendemain, ils avaient prévu de prendre la route assez tôt. « On ne va quand même pas y aller à pieds » avait fielleusement lâché le teigneux. « Ca ira », avait dit Mamy. «  Ca ira », très « mora mora » le truc ! Effectivement, le lendemain matin à la première heure, il était là, avec sa voiture réparée et son rire à rendre fou. Il avait tout de même fallu trouver la pièce à une heure très tardive et effectuer la réparation. « Comment as tu fait ? ». Un grand rire en réponse. Ils n'en sauront pas plus.



Bien sûr, les deux premières années, avec cet hypothétique véhicule automobile, ils avaient redouté les interminables plateaux de la route du Sud, ou les raidillons, ou ces camions qu'il fallait bien doubler en côte:choix donc entre le virage sans visibilité ou le ravin ou mourir asphyxié dans le vénéneux nuage d'encre noire. « Merde, Mamy, elle marche pas ta putain de voiture » râlait le vazaha acariâtre. « Si, si ça ira. Je l’ai réglée avant de partir ». « Mora, mora ! ». Le plus fort est que le malheureux vazaha acariâtre donc, se faisait engueuler par son épouse et par sa fille. « Tu ne vas pas râler AUSSI ici ? Non ? De toutes façons, tu sais bien qu'on ne peut pas rouler plus vite sur ces routes». Imparable ! Le Mamy montait le son de sa radio, en riant. « C'est bien ça non ? » disait t'il à la petite fille ? « Oui, c'est top ! ».



La seconde année ils n'avaient pas connu d'incident mécanique notoire, avec le même véhicule, exception faite de son exaspérante poussivité en cotes. Ceci mis à part, à la grande fierté de Mamy, elle passait partout, dans les pierres, le sable, la flotte, mais à son rythme. « Je la regretterai avait t'il dit une fois ». « Pas nous », avait grogné l’acariâtre. « moi oui ! », avait ramené sa fraise la pipelette de service.



La troisième année, cela avait été un peu la révolution à Madagascar. Le très américanophile et francophobe Ravalomanana s'est fait débarquer par le DJ Andry Rajoelina. Quelques morts tout de même. Il se dit que les français n'y sont pas pour rien. Donc, ils avaient décidé d'aller à Maurice et juste de passer quelques jours à Tana. L'Ile Maurice, ses palaces « so british » et arnaqueuse ne leur avait pas fait oublier Madagascar. Pour tout dire, ils s'y étaient ennuyés. Le vaillant véhicule roulait toujours à Tana. On sentait bien que sa fin était proche, en même temps, on l'aimait.





La quatrième année, ils avaient décidé d'aller à Majunga. Mamy s'était fait prêter un véhicule très convenable. « Et l'autre ? ». « Au garage » chez un frère de Mamy qui semble ne pas désespérer de trouver un moteur. En tous cas, cette voiture fonctionnait. La pipelette l'avait trouvée moins confortable que l'autre. Le vazaha acariâtre savourait de ne pas redouter les bruits incongrus de direction ou de moteur. « Elle marche, celle là » disait t'il. « Mouais » répondait Mamy presque dubitatif. Il regrettait son « Opel ».



La petite fille chaque année maîtrisait mieux ses émotions. Il y avait ces paysages, la douceur des journées et des nuits et Tana, qu'il lui fallut apprendre à respecter et regarder. Et Mamy, qui jamais ne jugeait, qui disait que les gens « travaillaient », lorsqu'ils essayaient de vendre dans la rue des saloperies « made in china » ou des légumes de réforme. Cette année là, ils lui avaient dit qu'ils avaient « retrouvé » la personne qui l'avait « trouvée » sur la digue. « Voulait t'elle la voir ? », elle avait dit « non », rajoutant, « cela ne m'apportera rien de plus ».



Majunga, la douce, la perverse, l'avait séduite. Ce serait avec la digue de Tana, le second pan de terre malgache planté dans son cœur. Mais ici, du miel !



Toute l'année, elle avait dit, « je voudrais retourner à Majunga ». Chose faite, donc cette cinquième année. En plus, Mamy avait un énorme 4X4 Hyundai, moins de 200 000 km, autrement dit, juste rodé ! « Putain Mamy, c'est un tank ! » avait finement commenté le vazaha acariâtre. Mamy lui se marrait. « il marche » dit t'il. Il a marché comme une horloge et Mamy a raconté plusieurs fois comment il l'avait acheté. Pas peu fier, le touareg malgache. « Je vais partout avec » dit t'il.



Personne n'a rien compris aux subtilités de la négociation, « tipica gasy » sinon que le vieil « Opel » avait fait un tabac avec sa belle carrosserie, « pour le moteur, on se débrouille toujours », enfin, presque ! Et il avait fallu ajouter une autre épave dont Mamy a le secret. Ici, il y a les « veedores » en toros, là bas il y a les « veedores » en voiture.



Là bas, il est important que la voiture « en jette », que les trous de rouille soient calfeutrés, que la peinture soit belle. Comme ce sourire, qui toujours les illumine !



A suivre




mardi 6 septembre 2011

La soeur de lait (1)





Toute petite, déjà, ils lui parlaient de Madagascar, des lémuriens rigolos, des baobabs ventrus, de la terre rouge et de la lumière de miel et d'or. Elle avait demandé s'il y avait des éléphants et des lions. Hé bien, non ! Elle fut très déçue. Ils avaient ajouté qu'il y avait des requins, des baleines, des boas gentils, des crocodiles même parfois ailleurs que dans les parcs d'élevage, avant de devenir sac à main, des caméléons, des forêts incroyables, des fruits délicieux, des mangues, de la vanille et des bananes jusqu'à l'intérieur des maisons, des légumes pas toujours «  beaux », mais dont on a oublié la saveur ici, une araignée très vénéneuse, des mygales gentilles, d'énormes crevettes, de gentils lézards jacasseurs qui bouffent les moustiques et autres insectes dans les maisons, des poissons de toutes le couleurs, des lagons, des moustiques hargneux, des zébus, des voleurs de zébus, des chasseurs de voleurs de zébus, des rizières où les femmes se brisent le dos, des cyclones et des pousse pousse, et même des geysers. Pour preuve une multitude de livres illustrés sur lesquels elle s'endormait.



Cela ne l'avait pas vraiment consolée des lions et des éléphants, alors ils lui ont dit qu'après tout, il aurait pu y en avoir, car il y a très longtemps, l’Île Rouge s'était détachée de l'Afrique, envie qu'elle avait de jouer avec les baleines et les dauphins de l'Océan Indien. Nous disons tous les mêmes choses à nos enfants de là bas.



Les Merina, c'est l'éthnie la plus nombreuse de Madagascar, (plus de 20 pour cent), celle de Tana et des riches hauts plateaux. Elle partage avec les Betsileo plus au Sud, vers Fianarantsoa une origine que l'on dit soit indonésienne soit malaise. Les Betsileo sont de fameux ébénistes. Les Merina ont la peau mate et plutôt claire, avec des variations entre le quasi européen et le très brun. Mamy qui est aussi Merina, dès qu'il prend le soleil devient tout noir. On l'appelait « le petit nègre » dans la famille. L'important, là bas, et quels que soient les métissages, est que le Merina n'a pas le type africain. Peau claire en général, yeux en amandes, un peu bridés, cheveux noirs avec des reflets cuivrés, on dit rouges là bas, parfois lisses, souvent joliment ondulés, avec des traits en général fins.



En général francophone, souvent francophile, plutôt aisé, il est très présent ce Merina dans l'Administration ou la Haute Administration où le français est la langue officielle. Également dans l'Enseignement primaire, moyen et supérieur où le français reste solidement implanté. Autant dire que de nombreuses ethnies, comme les côtières le jalousent et le haïssent, aussi bien pour ses singularités asiatiques que pour sa position sociale, et ce contrôle qu'il est supposé exercer sur le centre de décision qu'est Tana. Ce qui n'empêche nullement que nombre d'enfants abandonnés à Tana ou sa région sont Merina. Comme elle.



Elle avait été abandonnée sur la digue de misère, non loin du quartier de misère d'Isotry. Alertée par des bruits de pleurs, S. l'avait cherchée parmi d'autres sacs et l'avait dégagée. S. faisait fonction d'Assistante Sociale et de Responsable de Quartier, c'est à dire, faisait l'interface entre l'Administration et les miséreux illettrés. Aujourd'hui, de plus en plus d'enfants meurent ainsi, abandonnés dans des décharges, ou des latrines, ou sont dévorés par les chiens errants ou parfois, des rats. D'une certaine façon, l'adhésion de Madagascar à la Convention de La Haye, afin de « moraliser » l'adoption a des effets pervers, car si cela coûte aussi cher aux adoptants, l'argent est maintenant contrôlé au niveau d'un Ministère et des diverses ONG habilitées. Les Centres, qui doivent garder les enfants en attente d'adoption près de 2ans en moyenne, jugent que la part qui leur est attribuée est trop faible, (un forfait de 800 euros pour les deux ans) et refusent les enfants à adopter ou tout simplement ferment, pour ne pas avoir à s'occuper d'enfants « placés » par la police. Dans ces centres, évidemment, il n'y a pas de mère pour allaiter, et les laits pour enfants, premier ou deuxième âge sont aussi chers qu'en Europe. Ainsi, une résolution vertueuse peut avoir des conséquences imprévues.



S. l'avait donc recueillie, couverte d’eczéma et de gale, puis l'avait confiée à un Centre du quartier, Centre qui était en train de fermer, et auquel, parmi 347 autres dans le monde ses parents avaient écrit. Le Centre fermant, il avait confié l'enfant accompagnée de leur lettre à une personne qui s'occupait d'adoption, au coup par coup et qui maintenant dirige une petite ONG malgache. Cela fonctionnait ainsi à l'époque, car c'était au « candidat adoptant » de « trouver un enfant », et ensuite d'engager les démarches d'adoption. C'est ainsi, que faisant la sieste au bord de l'Océan Atlantique, celui de chez eux, un beau mois de Juillet, ils furent réveillés par le téléphone : « voilà, j'ai une petite fille à adopter, elle a moins d'un mois, elle a la peau claire, les cheveux rouges, la gale et l’eczéma, mais elle va bien. Vous la voulez ? ». Elle était entrée ainsi dans leur vie. Ils s'étaient bien demandé ce que pouvait être une malgache blanche, avec les cheveux raides et rouquine, eczémateuse et galeuse. Ils ne connaissaient pas encore les nuances sémantiques de là bas.



En France, elle entama sa scolarité. On s'étonna de sa couleur, non en tant que telle, car elle fréquentait des écoles où la mixité de toute nature est de mise, mais par rapport à celle de ses parents. Ils lui avaient pourtant toujours dit qu'elle avait été abandonnée, sans vraiment peut être utiliser le terme. Ils disaient que sa mère trop pauvre, ne pouvait subvenir à ses besoins, et avait préféré qu'elle ait une autre vie meilleure. Comme un acte d'amour, en quelque sorte. La pauvreté, les enfants qui ne connaissent pas la faim, ne la supposent même pas, mais, l'abandon leur parle, surtout lorsque vient la nuit.



Les jours de mal être, ou qu'ils la grondaient, elle leur disait qu'elle voulait voir sa mère, et qu'ils n'étaient pas ses parents. Ils s'y attendaient, et un pédopsychiatre leur dit qu'elle réagissait bien, et qu'on ne pouvait pas se bâtir « à coté de l'adoption, mais dans l'adoption », et qu'il fallait qu'elle fasse ce travail avant l'adolescence et sa crise identitaire.



La première fois qu'elle revint à Madagascar, elle fut effrayée, elle avait huit ans. Cette fois là, elle resta pratiquement 3 jours sans parler. Sûrement craignait-elle cette rencontre avec son pays natal, et si elle « voulait » conserver l'espoir de retrouver sa mère biologique, elle ne « doutait pas vraiment » que ses parents disaient la vérité. Le mendiant estropié pendu et sautant comme un kangourou unijambiste à la portière devait la marquer à jamais. « Donnez leur de l'argent » disait t'elle en pleurant et criant lorsque les mendiants les assaillaient . Mamy expliquait, à la malgache, c'est à dire dans un mélange incroyable de douceur et de fermeté, que « ce n'était pas possible ». Il voulait seulement dire, que donner à l'un ou l'une, même discrètement, déclencherait un raz de marée de demandes indignées des autres sur le thème de « pourquoi pas moi ? ». Hé oui, pourquoi pas eux ? Sauf dire que « ce n'est pas possible »! C'est que dans son si beau pays des lémuriens éberlués et facétieux, la misère est incroyable, agressive et, il faut bien le dire laide, surtout pour une petite fille gâtée.



Ils y revinrent chaque année. Ses parents s'attachaient à lui montrer que la vie très privilégiée de vacances, dans les bons hôtels en bord de plages paradisiaques ou dans la partie haute de Tana, les grandes virées en voiture dans les paysages de rêve, et les repas dans les bons restaurants, n'était pas la vraie vie ici. Que la vraie vie, pour une majorité se situait sur la digue de Tana ou dans les bidonvilles des autres villes. La présence constante à leurs cotés des amis malgaches, surtout Mamy, permettait aussi de lui montrer l'envers du décor, toujours avec délicatesse et force. Il sait mieux que quiconque profiter dans le rire de l'instant qui passe, mais aussi « montrer les choses de la vie » de là bas, avec une surprenante gravité et les illustrer d'anecdotes et de détails, sans concession. Maintenant, elle leur dit que Madagascar lui manque, mais pas pour y vivre.



A suivre




jeudi 1 septembre 2011

mon pays, mon pauvre pays (2)

Je m'avise, que voulant rendre compte de Madagascar, je suis totalement incapable de bâtir une relation linéaire et chronologique. C'est que, je pense, de ce pays on ne revient pas indemne et on doit faire face à une infinité d'images fortes qui se gravent dans notre mémoire. Inconsciemment, sûrement, puis remontent à la surface.



Et avant tout, ce pays d'une beauté incroyable. Cette lumière fine et de soie et de miel, lorsque le jour se lève, puis de sang et d'or lorsque le jour se retire, et, entre les deux, dans les coins chauds de l'Ouest, cette lumière écrasante décomposée. Et ces paysages, d'une incroyable ampleur et beauté, de la route du Sud, tantôt ronds comme des ventres de mère, tantôt déchirés d'aiguilles muettes comme des cris étouffés où le soleil se disloque.



Terre de contraste aussi, avec cette côte Est, celle de l'Océan Indien et des forêts humides, celle dont perfidement, Mamy dit « qu 'il y a la saison des pluies et celle où il pleut », mais où la nature est généreuse en fruits, en vanille, en poissons et où les gens n 'ont pas cet air dur des gens du Sud, car ici, sans être riche, on peut ne pas mourir de faim. Nous avons eu la chance en 2007, en plein mois de Juillet d'être épargnés, ou presque, par la pluie, si on excepte quelques solides averses nocturnes. Il faut choisir sa saison ici.



Terre de contraste avec la rudesse de Tulear, grillée au soleil, misérable et où lorsqu'on n'a rien, on mange les cactus. Ici les gens n'ont pas ce sourire des gens de la côte Est, ils sont farouches, et leur regard est dur. Même la mer, qui se découvre très loin, n'est pas généreuse. Même les « vazaha » se tiennent à carreau, ici, enfin, disons un peu plus qu'à Tana ou Majunga.



Majunga, la charmeuse alanguie, la plus cosmopolite, avec ses musulmans, ses comoriens, ses « Karane » prospères et qui le font voir et ses « vazaha », voyants, mais souvent pour un bref passage, le temps de brûler un pécule au miroir aux alouettes des filles et des affaires qui n'ont rien de miraculeux. Majunga où le soleil ardent vient s'éteindre dans la mer en d'incroyables incendies dévorant le ciel. Ainsi, ici, des « vazaha » sur le retour, se consument avec leur argent, au bras de jeunesses, eux qui, en quête d'une « dernière chance », sont parfois renvoyés dans leur pays après avoir tout perdu, et s'être faits plumer. Majunga est aussi un port.



Et Manakar, de l'autre coté, la musulmane, aussi, et sa plage somptueuse sur un Ocean Indien ici tumultueux et dangereux, avec d'ex demeures coloniales, en front de mer, dans les grands filaos. Ces demeures fantomatiques, à l'abandon, vestiges d'une gloire passée, que l'air marin ronge et qui, comme un reproche, n'en finissent pas de sombrer.









Et non loin, les Panganales, ce long canal qui rejoint Tamatave, avec les femmes qui pêchent à la moustiquaire de minuscules poissons, et des îles perdues entre mer ciel crachin et terre abritant des petits villages de pêcheurs.





Et Tana, au cœur de ses douze collines sacrées. Tana, de toutes les misères mais si attachante. Tana polluée, encombrée d'improbables véhicules, des 2 chevaux ou 4L comme taxis, ahanant dans les raidillons abrupts, jamais totalement vaincus, mais toujours agonisants, les « taxis be », insupportables qui s'arrêtent où bon leur semble, les pousse pousse surchargés des matériaux les plus divers, des chars à zébus, et partout sur la route des gens à toute heure du jour et semble t'il de la nuit, qui déambulent, des commerces ambulants, où on espère vendre quatre fruits ou des légumes. Tana où n'existe plus un seul panneau indicateur ni feu rouge, tous les objets métalliques finissant en casseroles ou gamelles, Tana et ses tunnels étouffants de pollution où des enfants de deux ou trois ans font la manche. Tana qui n'en peut plus de recevoir les miséreux de la campagne environnante persuadés de trouver ici des ressources par les larcins, la mendicité, de petits trafics, dans le meilleur des cas des ventes ambulantes et bien d'autres choses.



Tana et sa longue digue de misère vers l'aéroport, Tana et ses quartiers misérables. Tana et sa ville haute et ses beaux hôtels et restaurants où paradent les « vazaha » les affairistes et les dignitaires, attendus à la sortie par une meute de mendiants. Tana et son étrange et puissante beauté lumineuse. Tana qui se livre peu à peu au voyageur, au fil des ans. Il ne nous viendrait plus à l'idée, sur un séjour de 1 mois de ne pas y rester une dizaine de jours, et chaque année avec le même bonheur, chaque année renouvelé et plus intense.



Tana et son lac Anosy, qu'on voulut en forme de cœur, en bas, avec l'ex Hilton devenu Carlton, les ministères et le stade. Toute la ville converge vers ce point d'eau pourrie et puante, d'un vert « nucléaire », en dégringolant des pentes abruptes vers la vaste étendue plate où Tana n'en finit jamais et les quartiers de misère, comme une ceinture. Mamy dit qu'ici, dans le lac Anosy, les poissons qui restent sont fluorescents.



De la ville haute, on peut également glisser vers l'Avenue de l'Indépendance, qui se voulut une manière de champs Elysées de Tana. Au bout, la gare, belle bâtisse, une gare de ville moyenne en France. Seuls quelques trains de fret empruntent encore les rares voies, et un tape cul « touristique" qui vous emmènera dans les alentours de Tana. Il y eut des voies ferrées, « du temps des français ». Ne reste pratiquement plus que le folklorique « petit train » au départ de Fianar vers la cote Est. Et encore lorsque la locomotive veut bien fonctionner. Sur la route, on longe parfois les voies désaffectées. Alors la gare est devenue aussi une exposition commerciale, assez chère d'ailleurs, avec un restaurant, à coté, plutôt branché. J'ai toujours trouvé cette gare d'une nostalgie puissante et triste.



L’avenue de l'Indépendance grouille d'une foule affairée au travers de laquelle, les voitures tentent de se frayer un passage. C'est une constante à Madagascar, la route est un lieu de vie, d'échanges commerciaux en tous genres, un capharnaüm. Tournant à droite devant la gare, en descendant l'avenue, on entre dans un quartier étrange, grouillant plus qu'ailleurs. Lorsque nous le traversons, Mamy verrouille les portières, et a un air grave inhabituel chez lui. Il faut littéralement se frayer un chemin, parfois des mendiants estropiés s'accrochent à la portière. Une cour des miracles. Mamy nous a raconté, un jour qu'un malheureux s'était ainsi pendu à la portière, que c'était sûrement un voleur du marché voisin, et que ses « collègues » l'avaient châtié en lui brisant bras et jambes. Les pauvres n'aiment pas qu'aussi pauvres qu'eux les volent.



Nous avons beaucoup réfléchi aux « encombrements » de Tana. En fait il y a d'abord la circulation anarchique de tout ce qui peut rouler, se déplacer, marcher au milieu d'improbables commerces et une foule désœuvrée. Il y a aussi la conformation de la ville, ses raidillons où les voitures s’essoufflent et calent, les taxi qui tombent en panne d'essence, car ici, dès qu'un taxi a fait une course, il va chercher de l'essence dans une bouteille d'eau minérale et attend d'être en panne pour réalimenter le moteur. Le litre coûte presque un euro. Autrement dit, la voiture d'agrément est réservée à une classe moyenne supérieure. Les autres se démerdent, font une épave avec trois épaves et roulent quand miraculeusement, il pleut de l'essence, ou plus sérieusement, peuvent faire financer leur déplacement. Enfin, l'absence absolue de régulation de la circulation, avec parfois, à certains carrefours, des gendarmes ou militaires totalement dépassés qui ne font qu’aggraver le chaos.



Ce qui fait que de toutes façons, circuler dans Tana est une gageure, à presque n'importe quelle heure du jour. De plus, les gens riches ici adorent faire construire sur les collines avoisinantes, de grandes et belles maisons, qui dominent la ville. C'est aussi la raison pour laquelle, la colline du Père Pedro et ses aménagements, dans un terrain qui lui fut concédé, suscite pas mal de convoitises, et lui cause quelques embarras.



Ici, comme partout à Madagascar, lorsque vous faites construire une maison, vous commencez par ceindre le terrain d'un haute clôture, souvent 3 mètres de haut, qui plus est souvent ornée de jolis rouleaux de barbelés ou tessons de bouteille. Vous fermez d'un lourd portail de métal, et vous mettez un gardien dedans, gardien, que par ailleurs, il est recommandé de renouveler tous les trois à six mois, avant qu'il ne soit tenté par quelques transactions inavouables ou ne cède à quelques menaces. Moyennant ces précautions, vous pouvez commencer à bâtir et commencer à stocker avec parcimonie les matériaux, qui, sans cette muraille gardée quasi militairement, s'envoleraient aussi sûrement que rosée au soleil.



Mamy, toujours présent, prudent et vigilant, nous raconte et fait voir tout cela. « Mon pays, mon pauvre pays » !



A suivre







jeudi 25 août 2011

Mon pays, mon pauvre pays (1)





Il y à Madagascar je crois, 18 ethnies "officielles", réparties sur le territoire. Il est clair que cet aspect revêt ici une importance toute particulière. La misère, l'analphabétisme et surtout l'absence de moyens de communication font que ces « poches » ethniques vivent en vase clos et souvent dans la détestation des autres. Si on ajoute à cela le culte des ancêtres et le caractère sacré de la terre, (qui est celle des ancêtres), on a repliement sur soi, une perméabilité à une religiosité sectaire particulièrement active, et la culture des « fady » c'est à dire des interdits.



Je peux vous assurer qu'à Madagascar, au moins dans les coins que  nous avons fréquentés, c'est à dire le plus souvent sur une route, parfois, sur une piste « facile », je précise bien, car c'est loin d'être le cas partout, avec en plus les aléas climatiques, vous pouvez vous arrêter dans n'importe quel coin supposé  désert, par exemple pour faire une photo ou satisfaire un légitime besoin naturel, et vous verrez en moins de 2 minutes surgir des enfants rieurs et des adultes pas toujours aimables, selon les régions, sans avoir perçu la moindre trace de hutte ou de village. Comme jaillis des termitières, des fourrés maigres ou des troncs de baobab, toujours selon les régions évidemment.



Mamy explique que le seul coin qui ne soit pas « fady » c'est le bord de la route, car ailleurs, on peut tomber sur des arbres sacrés, ceints de tissus, des pierres debout des tombeaux insoupçonnables et bien d'autres choses imprévisibles qu'un « vazaha » non averti comme moi, ou même s'il est averti mais ne possédant pas toutes les variantes subtiles de « fady » , selon les ethnies, pourrait bien profaner.



Attention où on marche, même parfois comment on marche, car il est des lieux où il faut marcher à reculons, ne jamais montrer quelque chose et à fortiori un tombeau, planté en rase campagne, encore moins une autre personne, d'un index tendu, et bien d'autres choses encore. Il faut le replier, l'index en question.



Donc pour, éviter des emmerdements inutiles, si on peut dire, prière d'uriner entre deux portières, pour les dames, ou contre une roue, pour les messieurs, au bord de la route. Je censure volontairement et pudiquement, le cas particulièrement douloureux et humiliant de la « turista », inévitable si on fréquente les redoutables « hotely », sans prendre les précautions élémentaires d'éviter l'eau ordinaire et de s'en tenir à du « poulet gasy », typiquement malgache, haut sur pattes, maigre comme une hampe de pique et savoureux, se nourrissant par ses propres moyens, au bord des routes de préférence lui aussi, rôti façon immolation par le feu, avec un plat de riz cuit et recuit. Tout autre variante culinaire est à proscrire pour cause d'insuffisance d'anticorps adaptés ou de sucs digestifs suffisamment corrosifs et longuement conditionnés par la pratique et ses attaques, pour affronter avec succès ces dures épreuves. Simple recommandation pour les vaillants randonneurs qui souhaiteraient goûter à toutes les spécialités locales, au hasard des « gargotes », autre nom des « hotely », perdues dans la nature.



Et il y en a, de ces spécialités, et vraiment à des prix défiant toute concurrence ! Ne pas lésiner sur la pharmacie, jusqu'à l'antibiotique large spectre, en plus de l'anti palu incontournable et des inévitables répulsifs pour moustiques, dont Mamy, qui se foutait de nous, raffole maintenant, pour usage professionnel !



En tous cas, des spectateurs attentifs peuvent très probablement être là. Si ces contingences sont satisfaites au bord de la route, ça ne froisse, normalement, nullement les ancêtres, et ça amuse plutôt les autres. Les malgaches sont eux mêmes de formidables pisseurs, en tous lieux, pourvu que ce soit au bord d'une route, ou contre un mur, ou à l'air libre, aussi bien à la ville qu'à la campagne. C'est Mamy qui nous l'a fait remarquer. Ça le fait rire, mais plus tristement qu'on pourrait le penser.





Les routes restent rares et convergent sur Tana. On relia d'abord Tamatave, à l'Est, nous verrons plus tard pourquoi. Puis Tulear , au sud ouest, et Manakar au Sud Est peu ou prou en empruntant la même route jusqu'à Fianarantsoa, par une route splendide pour Tulear,sublime pour Fianar Manakar, puis Majunga au Nord Ouest, puis Diego au Nord, peut être bientôt Fort Dauphin au Sud, par la cote Est et sans bacs.



Ces axes importantissimes sont larges comme des « petites » départementales françaises, empruntés par les voitures éventuellement, plutôt rares, des camions surchargés essoufflés et dégueulant souvent l'huile brûlée dans les montées, et surtout, surtout, les taxis brousse, surchargés de passagers et de fret surréaliste. Ces doux messieurs sont les rois de l'asphalte, roulent à fond, et dans le mépris le plus total d'un code de la route hérité, il est vrai, des français.



Le trafic est plutôt faible, mais le revêtement de ces routes nouvelles se défonce en ornières traîtresses, parfois sur des kilomètres, parfois aussi, s'éboulent. Sans être un expert en confection de route, il me semble qu'on a économisé au maximum sur les matières, aussi bien en remblaiement, qu'en empierrement et qualité d'asphalte. Les ponts rares, lorsqu'ils existent, sont souvent percés, et les lames métalliques rugissent sous les pneus. Pas rassurant parfois !



Mamy refuse comme beaucoup de chauffeurs de rouler la nuit, car les attaques sont assez fréquentes. Les cibles privilégiées sont les voitures de « vazaha » non résidents, dans ce cas les voleurs peuvent être de mèche avec les chauffeurs eux mêmes, toujours d'après Mamy, les camions isolés pour leurs cargaison, mais surtout les taxis brousse. C'est une des raisons pour lesquelles les chauffeurs vont à tombeau ouvert et se donnent aussi du courage au rhum malgache. Très rock and roll les chauffeurs.



La route est jonchée de ces véhicules en souffrance, mais on se débrouille toujours pour réparer les essieux, les freins, les embrayages, les moteurs ou les transmissions. Les passagers attendent stoïquement au bord de la route. Les taxi brousse qui acceptent de rouler la nuit se regroupent en sortie de la ville de départ et forment un convoi qui roulera à fond, pour « évidemment » éviter les mauvaises rencontres, qui, en général commencent par une grosse pierre ou un tronc d'arbre en travers de la route déserte. Donc, première règle, éviter de se trouver en rase campagne, la nuit tombée, et encore moins sur les pistes. Normalement les chauffeurs connaissent des « étapes » sures. Pendant ces deux dernières années, car Madagascar se trouve pratiquement sans gouvernement digne de ce nom, ce type d'insécurité qui a toujours existé, a fortement augmenté, et ne fait plus, comme avant, rigoler.



Ces malheureux camions et taxis brousse sont les victimes d'un autre racket en forte expansion : les contrôles de police. Les voitures individuelles, ou les rutilants 4X4 semblent moins exposés, à ce danger là, car on peut tomber sur des dignitaires du régime. En ce moment c'est tout à fait systématique. Mamy raconte qu'entre Tana et Tulear, il y a 23 contrôles de police, et tout le monde sait pratiquement à coup sûr où ils se trouvent. Alors les chauffeurs partent avec 23 feuilles de journaux pliées sur un billet . L'importance du billet, assez modeste toutefois, dépend du niveau d'infraction, car tous sont en infraction, que ce soit pour les contrôles techniques , l'état du véhicule, la surcharge, le fret ou le défaut d'assurance. Mamy appelle cela la « politesse » ! Les policiers ou militaires mettent ainsi du beurre dans les feuilles de manioc. De Tana à Majunga nous en avons subi une dizaine qui furent de simples formalités, juste marquer l'arrêt, annoncer qu'il y a à bord des « vazaha » qui travaillent ici, accompagnés de malgaches et circulez ! Par contre, camions et taxi brousse passaient tous à la casserole.



Sur la courte route entre Majunga et l’hôtel, après un dîner, donc assez tard, car un délai de 2 heures pour être servis est plutôt raisonnable dans un restaurant malgache autre qu'un « hotely », nous avons été arrêtés par un militaire hilare, armé d'une mitraillette en bandoulière, et qui, visiblement n'avait plus soif. Il a demandé la « politesse » et Mamy, sans se démonter lui a dit que ce n'était pas bien de faire ça, car nous étions des « vazaha » très importants. « Ah bon » il a dit, toujours hilare, « passez alors » !



« Mon pays, mon pauvre pays ! » a dit Mamy. Je crois bien qu'il avait les larmes aux yeux..



à suivre