Navalon de tentadeo

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Navalon de tentadero. Photo de Carmen Esteban avec sa permission
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dimanche 5 mai 2013

Antonio de Ramena (2): quelques précurseurs français à Madagascar


Donc, Diego Suarez, connue plutôt par les malgaches aujourd'hui sous le nom de Antsiranana, se situe à l'extrême pointe Nord de Madagascar, au fond d'une vaste baie parfaitement protégée. Ce site privilégié, à l'intersection du Canal du Mozambique et de l'Océan Indien était jugé d'une importance stratégique extrême, surtout dans le climat de chamailleries qui avait opposé les anglais aux français dans ce coin de mer. Les français y avaient construit un port militaire important, nommé Diego Suarez. Aujourd'hui on me dit que le port et les réparations de navires de moyen tonnage subsistent, en grande partie à cause du savoir faire des malgaches en matière de chaudronnerie, mais aussi car les salaires des ouvriers sont très bas . Le salaire moyen reste aux alentours de 30 euros mensuels, et on ne s'embarrasse pas vraiment de charges sociales.



Les vestiges plus ou moins bien conservés de cette présence importante sont omniprésents. L’Hôtel de la Marine, initialement Hôtel des Mines, que j'ai déjà évoqué, lourd d'une histoire coloniale opulente et élégante, dont les ruines sont empreintes d'une nostalgie inexplicable, que nous n'avions ressentie nulle part aussi fort.



Un kiosque à musique jouxte la ruine, de la même époque et construit par le même « mécène » chercheur d'or milliardaire. Lui est à peu près intact, le kiosque à musique donc, et on imagine ici les concerts donnés par la musique de la Marine, les femmes en crinoline voletant doucement au gré de l’alizé.



Aujourd’hui ce canal du Mozambique est toujours d'une grande importance, mais surtout en raison d'importantes réserves supposées de pétrole et de gaz naturel. J'ai évoqué ce sujet, pour ceux que cela intéresserait. On rappelle tout de même, pour le plaisir en partie car c'est toujours un étonnement pour moi, que Madagascar, du Nord au Sud fait pratiquement 1500 km et est vaste comme la France et le Bénélux réunis. C'est un gros caillou. Jusqu'alors, nous n'étions jamais allés à Diego, et n'avons toujours pas été non plus dans le Sud, trop difficile d'accès, encore aujourd'hui, au moins pour des voyageurs peu aventureux tels que nous et appréciant un certain confort. En tous cas, à Antsiranana, le kiosque du fastueux chercheur d'or semble attendre quelque fanfare militaire.



Et ce fabuleux et généreux chercheur d'or, Alphonse Mortages vaut le détour. Il est né dans le Sud
Ouest de la France en 1866. On dit qu'il avait un physique hors du commun, en clair c'était quelque chose comme un géant. Je me méfie toutefois un peu, car si cette affirmation provient des malgaches qui ne sont pas particulièrement grands, il faudra ramener l'appréciation à un costaud. Peu attiré par les études, il se fait enrôler comme mousse sur un bateau, car son désir était « d'être marin ». Il sera donc marin, sur des voiliers puis sur les premiers bateaux à vapeur.



Il connaît pour la première fois Diego en 1897, alors qu'il est chef de cabine. Probablement sous le charme de Diego, en 1898 il demande et obtient son débarquement. Utilisant son expérience de chef de cabine, il est d'abord gérant d'un établissement de la ville basse puis s 'installe dans l'avenue principale de Diego, la rue Colbert.



Probablement, cette vie ne lui convenait t'elle pas, alors il alla à Nosy Be pour ravitailler la flotte russe qui y fit escale lors du conflit russo japonais. Malheureusement, voulant rapatrier son magot à Diego, il perd sa cargaison dans le naufrage du petit voilier qu'il avait affrété.



Ruiné, il part dans la forêt récolter la sève des arbres à caoutchouc. C'est là qu'il commence à embaucher deux prospecteurs pour rechercher de l'or. Ces deux prospecteurs trouvent de l'or dans la région d'Ambakirano, près d'Ambolibe. Remarquons qu'en 2012, l'exploitation aurifère a été relancée dans cette même région et semble t'il des israéliens s'intéressent particulièrement à ces gisements.



Donc revenons à notre Alphonse Mortages et ses orpailleurs retenus par deux vazahas vindicatifs. Notre vaillant aventurier régla le problème semble t'il avec l'aide d'une Winchester. Ceci lui permit de délimiter un territoire de 30 km de long sur 6 de large, toujours non loin 'Ambolibe. L'exploitation à grande échelle commence en 1906 lorsqu'il découvre le « mamelon miraculeux » dont il extraira du quartz aurifère plus de 80 kgs d'or en deux jours.



Il s'en suit une période glorieuse, avec en particulier la descente triomphale de la rue Colbert, en chaise à porteur, entre ses charges d'or. C'est à son initiative donc, qu'est construit l’Hôtel dit des Mines, et sur le terrain jouxtant l’hôtel, le fameux kiosque à musique. Malheureusement, l'homme n'était pas un fin gestionnaire et des revers de fortune le conduisirent à céder son hôtel à la Marine Française, d'où la nouvelle appellation d’Hôtel de la Marine, lui même par la suite cédé à la Marine Malgache, pour tomber en ruines définitives.



Bien avant ce flamboyant vazaha, un autre vazaha natif d'Auch s'était illustré : il s'agit du robuste et par ailleurs très ingénieux sieur Laborde. Né à Auch au début du XIXèm e siècle, en 1805.



Bien que l'ayant précédé, sa trajectoire fait penser à celle de Mortages : l'appel du large, dans le cas de Jean Laborde les comptoirs des Indes. Un début de vie aventureux, un naufrage sur les cotes malgaches. L'homme, peu instruit, est un ferronnier forgeron très adroit. Pour payer son sauvetage, il réalise un lot de fusils que son bienfaiteur avait promis à la reine, et se fait ainsi remarquer.



Sur cette lancée, il créa une industrie de l'acier à Mantasoa, non loin de Tananarivo, arme la reine, mais aussi fait construire le fameux palais surplombant Tana,



Il sut se rendre indispensable aux yeux de la reine Ranavolana Première, et ce au propre comme au figuré. Jean Laborde la côtoie, c'est déjà pour l'époque une femme mure, elle est née en 1788, mais semble t'il dotée d'un robuste appétit sexuel. Notre gersois devient « aussi » l'amant de Madame. Il évoque souvent la « corvée royale ». Elle avait tout de même pratiquement 20 ans de plus que lui.



Jean Laborde fut un industriel compétent voire génial, il créa donc de toutes pièces une industrie métallurgique et chimique et se distingua aussi comme un bâtisseur talentueux. Mais dès 1835, la terrible reine interdit aux malgaches de pratiquer le christianisme et chasse en 1936 les missionnaires. En clair, les européens sont plutôt persécutés et Laborde lui s'en sort, car, on l'a vu, indispensable à tous points de vue à la reine.



Celle ci peut se comporter de façon sanguinaire. A tel point, qu'en 1857 Laborde monte un complot contre elle, en accord avec un fils de la reine. Le complot déjoué, la vie de Laborde fut épargnée, et plus tard il put revenir à Madagascar pour y mourir.




Aujourd'hui encore, n'importe quel malgache, érudit ou homme de la rue le plus banal, sait vous parler de Jean Laborde.

Mais à part ces précurseurs comment les français étaient t'ils arrivés en masse à Diego Suarez ? La colonisation française assez intense n'avait pas fait totalement oublier la perte de l'Alsace et de la Lorraine en 1871, mais elle compensa au moins partiellement, l'humiliation. Les grandes puissances coloniales, France, Angleterre, Allemagne se partagent en particulier l'Afrique, mais ceci ne va pas sans crispations sérieuses : Fachoda entre la France et la Grande Bretagne, les crises marocaines de Tanger et d'Agadir entre la France et l'Allemagne.

 
A suivre

L'article traitant des richesses de Madagascar et de leur pillage, dans le libellé Madagascar 2012, sur ce même bloghttp://adioschulo.blogspot.fr/2012/08/un-pays-qui-coule-4_30.html
















jeudi 7 mars 2013

Antonio de Ramena (1): le culte des ancêtres


On rejoint Ramena, depuis Diego Suarez, par une route plutôt bonne, qui longe la baie, sur une vingtaine de kilomètres. Comparés à ceux qui séparent Diego de Antsoii, ces kilomètres là sont un vrai délice : la route est certes étroite, mais très carrossable. On a l'impression de décrire un cercle dont le centre serait le fameux pain de sucre, à notre gauche. Immédiatement, Mathilde demande si on pourra y aller, sur ce fameux pain de sucre. Mamy explique que c'est un lieu sacré, et donc, il est interdit ou « fady » d'y poser les pieds.





Lanto, toujours prudente, nous avait bien mis en garde contre les attaques des « foroches », ces bandes de voyous qui peuvent terroriser la population de Diego, et auraient déjà commis des attaques sur cette petite route. Mais en fait depuis 2011, quand une opération d'ampleur fut menée par les policiers « merinas » de Tana, il semble que ces jeunes gens se tiennent plus tranquilles.



Même s 'il nous arrive de rire des histoires omniprésentes de « fady », et Mamy avec nous, je le soupçonne de rire, pour que nous ne le prenions pas pour un demeuré, ce qui, très franchement est tout à fait improbable de notre part. Bref, nous le soupçonnons fortement de détester, au fond de lui, rire de ces histoires, qui, s'il les transgresse, risquent d'attirer sur l'imprudent, les foudres d'une multitudes d'ancêtres vindicatifs. Et même si, pour un type plutôt évolué et moderne comme Mamy, tout inviterait à ignorer ces craintes, en l'absence de certitudes absolues, mieux vaut ne pas se risquer dans ces zones dangereuses de la pensée, qui ignorent Descartes. Pourtant, à Madagascar, les ancêtres, objets de toutes les sollicitudes sont censés être plutôt sympas.



Nous avions eu la chance, à Tana ou sa proche banlieue, d'assister à la fête de retournement des morts, et ce, dans une famille très aisée. C'est Lanto, qui, entendant la musique, et sans le connaître, le plus naturellement du monde avait demandé l'autorisation au maître des lieux, qui l'avait accordée très volontiers. Il avait longtemps séjourné à Marseille et occupait à Tana des fonctions très importantes. L'entrée dans la propriété faisait penser à une garden party. Très belle propriété, bâtiments pimpants.



Les maîtres des lieux avaient fait les choses en grand, une grande tente pour abriter les agapes des personnalités, à proximité directe de 3 linceuls posés sur une table, et une fanfare qui jouait sans interruption une musique lancinante. Ainsi exposés, les ossements attendaient d'être remis dans le tombeau. Soucieux du détail, le maître des lieux nous indiqua qu'en fait dans les linceuls il y avait 4 morts, et que, probablement faute de repères, deux avaient été regroupés dans un seul.




Le bas peuple n'était pas oublié, pour lequel on avait dressé un bar où se servait en particulier le très redoutable rhum malgache. La biture volait bas ! Jusque là, nous avions évidemment assisté à ces processions derrière une boite en carton contenant les ossements, en musique, si on peut dire. Mais c'étaient des cérémonies bien modestes, bruyantes certes, mais dépenaillées, en comparaison du faste très bcbg déployé ici. Mamy dit que c'est aussi pour la famille une façon d'exhiber son aisance et ses richesses.



Ceci pour dire que les ancêtres malgaches, habitués à tous les égards, jusqu'au dépoussiérage périodique de leurs ossements lors de ces joyeuses cérémonies, auraient peut être tendance à ne pas tolérer le moindre manquement au respect des « fady » qu'ils multiplient à l'infini. Certainement, pour qu'on ne s'avise pas de les oublier ou de douter de leur omnipotence ! A force de tant de gâteries, ils doivent finir par être un poil caractériels ou carrément infantilisés. C'est mon interprétation de mécréant. L'aptitude de tous les malgaches à côtoyer l'ésotérique m'a toujours surpris, y compris dans des milieux socialement et culturellement très évolués. Ici, en tous cas, on fait la queue pour passer à table, en compagnie des ancètres.




Il fallut visiter le tombeau, nouveau aussi. Là Lanto et Mamy n'étaient pas vraiment à l'aise, alors que le propriétaire nous invitait à entrer dans le bâtiment. Nos amis malgaches restèrent à l'extérieur. Il nous expliqua comment les linceuls allaient bientôt être remis en place, sur des étagères en bois, et aussi les « fadys » qui accompagnent cette cérémonie. Je crois avoir compris qu'il fallait faire 7 fois le tour du tombeau, dans un sens précis et aussi que si on amenait les linceuls par un chemin, il fallait revenir par un autre. Bon, c'est ce que je crois avoir compris.



Retour donc à la fête. On nous propose de nous alimenter aussi, nous déclinons l'invitation. Et puis, la musique est vraiment entêtante. J'en ai maintenant un peu assez. Je m'étonne aussi du nombre invraisemblable de musiciens de cette « banda » composée pratiquement uniquement de bois et de cuivres qui sonnent dans un timbre plutôt strident. Donc, laissons les ancêtres à leur repos vigilant. Maintenant, je sais qu'ils ne dorment que d'un œil, en attendant qu'on change leur linceul.



L’hôtel est posé au bord de la baie, à proximité d'une mangrove. C'est un petit hôtel d' une dizaine de bungalows. Le notre donnait à même la plage, par une terrasse ombragée. Juste un muret à descendre pour rejoindre un transat et un abri du soleil très couleur locale, en bois massif. Cette année j'avais décidé de ne pas emmener de livre. La privation de lecture était rapidement devenue intolérable. A l’hôtel, ils proposaient quelques livres français : j'ai pu en particulier relire « Que ma joie demeure » de Giono, ce livre qui, adolescent, m'avait tant troublé. Je dois à la vérité de dire que cette relecture m'a plutôt déçu. On prend le petit déjeuner ou les repas en plein air près de la piscine . La vue est incroyablement belle et lumineuse, comme partout à Madagascar.
 
à suivre?





samedi 9 février 2013

Lettre à Mon Lolo.


Mon cher Lolo,

 

Tu m’excuseras de te tutoyer ou de t’interpeler ainsi, mais il se trouve que je suis ce qu’il est convenu de nommer un homme de gauche, conviction que nous devrions partager, ainsi que, d’après ses dires, nous partageons aussi un ami commun. Deux raisons donc qui devraient favoriser la confraternité.

Cet ami est quelqu’un que j’aime beaucoup, qui eut une façon d’être présent lors de mes moments difficiles, voilà près de 30 ans,  qu’il est difficile d’oublier. J’ajouterai que nous le surnommions  finement « Adolf » à cause de ses idées de gauche, évidemment. Alors qu’il était de ce qu’ils nomment aujourd’hui  « la droite décomplexée ». Nous étions jeunes et avions le goût des outrances.

Bref, ceci ne nous rajeunit pas.

Je comprends par ailleurs que tu sois submergé par des problèmes infiniment plus sérieux que ceux que j’aimerais te soumettre. Pas facile mon Lolo, de devoir composer avec la dictature du pognon, certains jours j’ai envie de parler d’un nouveau fascisme : conquête par la force de l’argent du monde, protection des conquêtes par les armes, (mines, puits de pétrole, banques etc.), inféodation des gouvernants à une pensée unique au nom de la « real politique », peu propice à l’imagination, mépris de l’homme qui travaille pour un patron, qui de fait, doit accepter une forme de soumission à une logique financière implacable et, au passage, exacerbation de conflits de « classes ». Putain, Lolo, ça ne me rajeunit pas non plus !

Et encore moins facile, alors que ce système a besoin pour survivre et étendre son emprise d’être suprêmement anxiogène, de semer la crainte du lendemain et la misère, maintenant certains pays dans une misère noire, c’est le cas de le dire,  pour mieux les piller, on fait tout, pour que sur ce substrat d’angoisse et d’incertitude, fleurissent tous les extrémismes, et plus particulièrement le religieux. C’est sûr que le pauvre type qui craint pour son emploi ne va pas trop la ramener, et lorsqu’il l’a perdu, sa tentation peut être grande de se tourner vers d’autres paradis.

Et, bien sûr, nous savons tous, au moins dans notre Europe, ce que cela peut donner, lorsque la religion se mêle de soigner le monde. C’est une guerre pourrie qui n’en finit pas, qui s’étend en tâche d’huile, qui pourrait bientôt être à nos portes. Et ce pourrait bien être la nouvelle guerre mondiale. A tel point qu’on se demande tout de même si c’était bien judicieux d’aller filer une rouste à Saddam et de le pendre en « direct live », sans parler de l’Afghanistan, de la Lybie, avec lynchage en « direct live » de Kadhafi, de la Syrie, peut être bien de la Tunisie, et maintenant le Mali. Qui le prochain ?

 Je remarquerai seulement que la victoire a toujours été à court terme, avant un enlisement que les nouvelles aspirations démocratiques ne parviennent pas à éviter. Simplement, parce que la démocratie est un modèle de société sophistiqué, qui certainement ne se décrète pas,  qui s’est toujours implanté dans la douleur et souvent le sang, en mettant parfois des siècles à se stabiliser. Je n’ai jamais pensé qu’un claquement des doigts de BHL, ou les coups de mentons virils de nos dirigeants, puissent suffire à imposer notre modèle de démocratie, par ailleurs, fondamentalement laïque. Cherchez l’erreur, dans ces pays où la laïcité est un mirage !

Tu me diras, d’un autre côté, on n’a rien trouvé de mieux qu’une bonne guerre pour relancer l’économie. On rase tout et on recommence ! Ca repose du chômage, des problèmes bancaires, des « stock-options » des déficits, de ces mecs qui refusent les vertueux et inévitables plans sociaux, des syndicats qui reprennent du bec, de la Marine dont les idées seraient partagées par 37% des français, des débats pestilentiels à l’Assemblée.

Bon, ce n’est pas ce dont je voulais t’entretenir. Tu l’ignores sûrement, mais  je nourris une vraie passion pour l’Ile Rouge, tu sais Madagascar. Je n’oublie pas non plus mon Lolo, que lorsqu’ils se sont révoltés en 1947, nos vaillantes troupes coloniales ont  tout de même fait près de 70 000 morts, enfin, compte tenu des imprécisions du recensement, 40 000 qui ne prêtent pas à discussion, et peut être bien 70 000, ça fait quand même, 40 000 autant que les victimes de la terreur « roja » en Espagne et bien moins que le score de Franco, mais quand même, en quelques mois ce n’est pas mal. D’ailleurs, jamais à court d’imagination, nous avions inauguré le largué par avion des sorciers vivants sur les villages, ceux-là mêmes qui disaient aux malheureux qu’ils pouvaient s’avancer ainsi désarmés devant les fusils et mitrailleuses. Ces sauvages, qui disposaient en tout de 300 fusils, avaient bien besoin d’une bonne leçon !

Tu vois, à La Réunion, un type plutôt lucide m’a dit qu’ils seraient dans le même état que Madagascar si la France les avait abandonnés. Ce n’est pas je te l’accorde la même population ni le même pays. Mais voilà, je n’ai pas aimé lorsque Mamy m’a montré le train de Moramanga, celui où on mitraillait les gens enfermés dans un wagon. Ca me gêne toujours un peu. Même si ça s’est passé vers  1947.

Tu n’es sûrement pas dupe mon Lolo, et tu dois finir par savoir que le pillage des ressources formidables de la belle ile rouge déplacent et motivent un grand nombre d’opérateurs comme on dit. Il y aurait même des hydrocarbures y compris dans les vastes zones maritimes contrôlées par les français. Je ne vais pas revenir là-dessus pour ne pas lasser, mais j’ai un peu écrit sur le sujet. http://adioschulo.blogspot.fr/search/label/madagascar%202012.

J’ai vu qu’à priori tu avais réussi à ce que le sémillant DJ Rajoelina ne se présente pas aux élections de cette année, ce qui devrait convaincre le poulain des States, Ravalomanana de ne pas y aller. Et figure toi que les chinois très actifs sur les ressources minières de l’Ile les conseillent pour que les élections soient démocratiques. On se marre bien mon Lolo, par moment. Ils leur ont même offert des ordinateurs.

Bon tu connais peut être pas bien, mais tu vas retrouver les mêmes vieux requins pour se partager les prébendes liées aux concessions minières, le bois de rose, les huiles essentielles, le riz et j’en oublie . Je sais aussi que depuis leurs ambassades flambant neuves les chinois et les américains font tout pour nous emmerder, avec nos Colas Bouyghes, Bolloré, Total etc, et qu’ils ont les moyens de leurs ambitions, si j’ose dire.

Ce que je sais mon Lolo, c’est que ce peuple que j’aime, ce peuple qui souffre mille morts, apprécierait tout de même un mot au moins de compassion, dont nous sommes, par ta voix, si prolixes en d’autres lieux.

La francophonie, reste ici fort vivace. Pour combien de temps ?

Allez mon Lolo, va mettre ton œil d’homme de gauche, le gauche ou le droit, dans ce foutoir, parle d’une voix ferme et claire, en respectant ces malgaches si attachants et si souvent fatalistes et dignes. Essaie donc de monter quelques projets significatifs, sur la base d’un véritable gagnant gagnant, et non en enrichissant quelques éléphants politiques corrompus et en ruinant un peu plus le peuple. En étant juste et vertueux, mais oui mon Lolo, je sais c'est un peu concon et gnangnan, la France pourrait aussi y trouver son compte. Tu n’imagines pas comme ils te seront reconnaissants, les malgaches.

Je ne doute pas que tu te foutes royalement de ce que je viens d’écrire, mais ça m’a fait du bien de l’avoir fait.

Pour le reste comme on dit, je vous prie etc, etc, etc !

jeudi 7 février 2013

Une fille de Diego


 
Diego est une belle ville, pour Madagascar. Avec des avenues droites et nettes, et une propreté assez surprenante. Elle exhibe des vestiges d’une présence coloniale militaire française très importante, qu’on devine avoir été assez fastueuse.

 
 
Des ruines aussi comme cet hôtel d’antan, livré aux ronces. Ce fut le plus bel hôtel de Diego. Mathilde a voulu en visiter les ruines. C’est un exercice qu’elle a toujours affectionné. Par les ouvertures on voit la mer et son bleu argenté froissé comme un papier d’aluminium par les alizées. On nous avait dit, Diego c’est magnifique mais, surtout, en Juillet et Aout, c’est la période venteuse. Et le vent est omniprésent, et d’une certaine façon, il ferait aussi chaud qu’à Majunga, sans la fraicheur de l’Alysée. Jamais, pendant notre séjour, il n’a par exemple soulevé le sable ou été agressif. C’était une bonne brise permanente.

Le soir, la ville sort doucement de sa torpeur, mais sans jamais grouiller comme les autres villes malgaches. Pas ou très peu de mendiants ou de quémandeurs. Les « vazahas » n’ont pas l’arrogance qu’ils montrent en d’autres lieux. Il en est même de nombreux, d’âge disons mur qui se promènent avec des femmes malgaches d’âge en rapport.

Nous fréquentions le soir un restaurant italien sur la grande avenue. Le patron, la cinquantaine un peu désuète style soixante huitard attardé genre "peace and love", queue de cheval poivre et sel,  est Italien. Il est arrivé à Diego il y a 20 ans pour faire de la plongée, il n’est jamais reparti. Dans son établissement les serveuses sont souriantes et détendues. Il les traite visiblement avec beaucoup de considération affectueuse. Sur la carte, il présente tout son personnel, avec chacun et chacune un mot aimable. Sa plus grande fierté est que certaines sont là depuis plus de 15 ans.

Il me dit qu’ainsi il voulait rendre à ce pays tout le bonheur qu’il lui procurait.

J’avais quelques problèmes de bronchite récoltée à Tana et j’étais sorti sur la terrasse donnant sur la grande rue. En face, attablés le long d’une palissade des clients d’un restaurant ambulant chichement éclairé mangent en silence.

Une des serveuses est venue me rejoindre. Assez petite, avec des cheveux de jais, joliment ondulés et mi longs. Elle est  petite, un peu rondouillarde, contrairement aux femmes d’ici, sa peau est aussi plus noire que celle des gens d’ici. Ayant lu la présentation du personnel, je comprends qu’il s’agit de la serveuse de confiance, la plus ancienne aussi.

Désignant la tablée le long de la palissade, de l’autre côté de l’avenue,  elle me dit en riant : « c’est moins cher là ». « vous y mangez parfois dans ces gargotes ? », « oui répond -elle en riant. J’aime bien, ce n’est pas trop cher et c’est assez bon, dans certaines ». Elle ajoute : « les sacs à dos y mangent souvent ». Les sacs à dos sont de jeunes  vazahas aventureux qui visitent l’ile à coups de taxi brousse voire de stop ou en marchant. J’ai demandé : « ils supportent ? ». Cela la fit rire. « il faut s’habituer, au début c’est difficile pour les vazahas, ils n’ont pas les anticorps ».

Habituellement, j’évite certaines maladresses. Il est clair par exemple que pour un salaire « moyen » malgache de bien moins de 30 euros, fréquenter les restaurants que nous fréquentons est quasiment impensable.

Parfois des filles plutôt délurées s’arrêtent et me disent, « ça va vazaha ? », puis elles ajoutent des commentaires du cru que je ne comprends évidemment pas. Ils font marrer la brune. « Qu’ont t’elles dit ? ». « Que la nuit est belle » ment-elle effrontément dans son grand rire.

« Plus tard, dit -elle, vers minuit, Diego s’anime beaucoup » . En effet Diego a la réputation d’être, disons assez chaude la nuit.

Je lui demande : « Etes-vous mariée ? ». « Non, mais j’ai une fille ». C’est ainsi, qu’une seconde fois, je devais manifester ma maladresse. « Et le papa ? » je dis. Elle rit franchement : « parti, depuis longtemps ». En effet si le malgache mâle a une forte propension à la dispersion séminale, il est fortement aidé dans un pays où les filles ont en moyenne des rapports sexuels toujours non protégés dès 13 ans.


« Je voulais cet enfant » me dit –elle. Elle dit aussi, qu’en général, les filles, qu’il soit désiré ou accidentel, ce qui représente le cas de figure le plus important, conservent toujours le premier enfant. Ce, au moins pour une raison : pour une femme malgache, avoir un ou plusieurs enfants devrait représenter une manière de « garantie » pour les vieux jours, en même temps d’ailleurs qu’une valorisation de la femme, donc, les parents font plus qu’encourager les jeunes mères à garder le premier enfant. Ensuite évidemment, la misère, l’absence d’éducation, les croyances, l’analphabétisme, l’absence d’hygiène, font que le taux de fécondité de la femme malgache est assez vertigineux, supérieur à 5, et que plus de la moitié de la population malgache a moins de 18 ans.

Elle m’explique que le papa n’est pas un « vazaha », mais bien un malgache, et qu’en plus il les aide bien, elle et sa fille.

Je me souviens combien l’air de la nuit était doux. Nous évoquons la surnatalité. En riant, elle fait un signe mimant une piqure dans le haut du bras. « Maintenant dit-elle tout le monde pourrait avoir les enfants qu’il désire ». Il est toujours possible d’obtenir des implants contraceptifs gratuits qui protègent la femme pendant 5 ans.

Elle m’explique que depuis deux ans, les bandes de bandits de Diego sont moins actives. Pour les réduire, il aura fallu faire venir les renforts de Tana et ses « merina » abhorrés. La police locale était très souvent de mèche.

Je fais remarquer que les musulmans sont très nombreux ici. Elle me confirme ce que j’avais déjà remarqué à Majunga : la cohabitation ne pose pas le moindre problème. Même me dit -elle, il y a beaucoup de mariages inter religieux.

Elle est arrivée d’Antsoii il y a plus de 15 ans. Elle a croisé la route de l’Italien « peace and love ». C’est plutôt une jolie histoire de cohabitation, qui ressemble à la ville.

jeudi 30 août 2012

Un pays qui coule (4)


les enjeux de Madagascar





Certes, j’aurais dû comprendre que cela n’intéressait que bien peu de monde. De plus nous ne sommes pas épargnés par les problèmes, ici non plus. Ceci dit, comme je l’ai déjà expliqué, c’est une manière de devoir vis-à-vis de mes amis, si oubliés. Et je comprends bien que l’insignifiance de Rajoelina, face à l’appétit insatiable du  golden boy Ravalomanana tout le monde s’en foute.

Tout ceci n’est pas très compréhensible si on n’a pas sillonné le pays et parlé avec ses habitants, mais aussi si on ne témoigne pas d’un attachement réel qui subsiste, de la part d’une partie de la population, vis-à-vis de la France. Qu’on se rassure : l’Eglise protestante a une nouvelle fois assuré de son ralliement à Ravalomanana, seule garantie d’étendre son pouvoir sur l’Ile.  La séparation de l’Eglise et de l’Etat, soit disant inscrite dans la Constitution héritée  de la France a volé en éclats avec Ravalomanana. Chacun pour soi, et que le plus pourri gagne, c’est la règle.

On le sait l’argent irrigue le pouvoir en place, toutes tendances confondues : Ravalomanana voulait tout à sa discrétion et celle de ses affidés, Rajoelina « compose » avec une Haute Autorité de la Transition, disparate où il s’agit de plaire à tous, en ménageant leurs menus intérêts, et une collection de vieux rescapés des régimes précédents, qui en ont vu d’autres et ont toujours les dents longues. «  Encore une connerie » ! Donc, la place est bonne, copieusement arrosée, et, expliquez-moi, qui a intérêt à tarir ces flots de pognon ? La démocratie, c’est mignon mais cela menace mon poste grassement rétribué.  Alors la démocratie, oui sur le papier, pour le reste, allez voir ailleurs et ne nous emmerdez plus!

Mais comment peut-on être dans une telle caricature ?

He bien voilà, ce pays, le 12ème plus pauvre du monde est d’une richesse invraisemblable. Voilà la vérité. Et les frictions entre Ravalomanana et la France, ne peuvent s’entendre par le seul prisme de la francophobie du golden boy, mais aussi une sourde bataille avec en première ligne les Etats Unis, de plus en plus dépendants pour leur approvisionnement  en pétrole de l’Afrique en général. Mais il ne faut pas non plus oublier l’importance stratégique du canal du Mozambique, et la position de Madagascar, ouverte vers l’Asie et en contact immédiat avec l’Afrique orientale.

De puissants intérêts économico- stratégiques sont en jeu, dont ceux de Total, non seulement sur l’Ile mais aussi, nous y reviendrons pour la maîtrise des gisements  dans le détroit du Mozambique. D’autres puissantes sociétés sont très implantées et historiquement sur l’Ile, telle Colas (filiale de Bouygues ) qui eut un temps la main mise sur tout le BTP et les constructions de routes à Madagascar. Monopole que Ravalomanana a cherché à faire sauter au bénéfice, en particulier des chinois. Mais aussi Orange. On a vu que Bolloré, plus récent avait eu quelques déboires à Tamatave, mais reste présent dans le domaine des transports. D’autres, à part évidemment  Colas et indirectement Orange, via France Telecom,  sont des entreprises dont la présence remonte souvent à la colonialisation et qui se sont maintenues, contre vents et marées quels que soient les régimes. C’est dire qu’elles connaissent la musique, les paroles, la gestuelle  et l’art de surnager, en répartissant les œufs dans les différents  paniers. Elles sont d’ailleurs pour le moins discrètes et savent parfaitement, lorsque c’est nécessaire faire le dos rond, en cas de gros temps. Fluctuat nec mergitur ou  « Mora, Mora » !

Voilà donc, tout s’achète, les juges, les avocats, les policiers, les geôliers, les militaires, le moindre fonctionnaire, les professeurs. Sans parler évidemment, des politiques qui viennent en première file. Tout. Jusqu’ici, cela prêtait à sourire, maintenant c’est systématique et systémier. Les taxis brousse se font racketter sur les routes par les policiers ou les militaires en faction aux points de contrôle, il ne faut plus circuler la nuit, les voleurs de zébus terrorisent les villages et les policiers,  armés de kalachnikovs, qu’ils sont, les bandes dans certaines villes volent et attaquent ouvertement. Par exemple les fameux « foroches » de Diego Suarez, qui s’en prenaient de préférence aux étrangers imprudents. Hé bien, la police locale ne pouvait rien, car bien souvent, un des proches des policiers était impliqué dans le trafic. Il fallut envoyer les supers  flics  de Tana pour progresser. Et quand on connait l’antipathie des gens de Diego, vis-à-vis des Merinas, et réciproquement, on se dit qu’on n’aura pas fait dans la dentelle.

« Mon pays, mon pauvre pays » disait Mamy, les larmes aux yeux l’an dernier. Aujourd’hui, il cherche la protection du Pasteur et de l’Eglise, à se fondre avec sa femme et son enfant dans une communauté forte, qui le protègera. Bien sûr, il ne faut pas non plus « délirer », mais un minimum de prudence est requis, et surtout être toujours accompagné d’un guide de qualité, en qui vous avez toute confiance, et surtout, avec lui, éviter les provocations ou les fautes de goût ou les erreurs grossières. En tous cas depuis 6 ans que nous y allons chaque été, et dans des secteurs géographiques différents, est, sud-ouest, nord-ouest, sud-est, nord, centre, nous avons bien remarqué une évolution, dans le sens de l’aggravation de cette insécurité. Donc en priorité bien se renseigner sur les us et coutumes. Et ce pays reste totalement incroyablement beau et fascinant. De plus, on peut aussi se faire détrousser dans le métro ou se faire arracher son sac dans la rue en France ou dans certains quartiers dits chauds, est-il vraiment besoin de le préciser !

Maintenant bonnes gens, attachez vos ceintures. Essayons de faire un inventaire des seules ressources minières largement inexploitées de la Grande Ile. Attendez-vous à quelques légères surprises. Passons très rapidement sur l’agriculture, où moins de 10 pour cent des ressources agricoles, c’est-à-dire terres cultivables, sont exploitées. Cela donne évidemment des idées aux pays qui, riches en dollars mais pauvres en ressources agricoles, tentent de s’approprier des terres. Cela n’a pas marché pour Daewoo, alors que la chose se pratique assez couramment en Afrique. Pour faire bref, disons que Madagascar pourrait et devrait être très largement auto suffisant au point de vue alimentaire. Passons pudiquement sur les pierres précieuses ou semi précieuses. Madagascar serait le premier producteur mondial de saphir avec 4o% de la production mondiale. Officiellement la production d’or s’élèverait à quelques dizaines de kilogrammes alors que la production annuelle réelle est estimée à près de 10 tonnes, et pourrait très largement être accrue.  Cette collecte d’or est basée, aujourd’hui, sur des petits orpailleurs, qui vendent leur maigre récolte à des collecteurs plus ou moins indépendants, qui évidemment les exploitent. Depuis peu, le Commerce de l’Or passerait sous contrôle de la Banque de Madagascar ! « wait and see ! » ou  « Encore une connerie ! ». Ne parlons donc pas des rubis, peut-être des diamants. Il suffit de gratter, on trouve quelque chose ! Ce que font les miséreux en quête d’or, de saphir ou de rubis.

Maintenant, les ressources minières : pour commencer le pétrole dont la présence à Madagascar ne fait aucun doute et en quantités qui sont tenues pour confidentielles. Total a fini par bloquer le site de Bemolanga et attend que le baril monte probablement ? A priori l’exploitation des sables bitumineux serait suspendue pour diverses raisons, mais on procéderait à des sondages en profondeur plus prometteurs.

Les chinois auraient aussi du pétrole et ce n’est pas moins de 23 plaques y compris offshore qui sont explorées. Le véritable enjeu pourrait être ou plutôt est le Détroit du Mozambique très riche en pétrole et en gaz naturel. Via Mayotte, département français, depuis peu et les iles Eparses, Europa, Juan de Nova, Bassa de Nova et les Glorieuses, Tromelin contestées par Madagascar, via les zones de 200 miles d’exclusivité d’exploitation, ZEE, ce serait pas moins de 70% du détroit du Mozambique que la France contrôlerait. Bien sûr Total regarde tout cela avec intérêt. En tous cas pas moins d’une douzaine d’entreprises de différentes nationalités effectuent de la prospection pétrolière à Madagascar. Officiellement la France a tenté de persuader son opinion, que son attachement se justifiait par le désir de sauvegarder le patrimoine flaure et faune inestimables de ces cailloux.

Avec le pétrole, les pierres et l’or, dont la production pourrait être rationnalisée et en tous cas, ne pas échapper à tout contrôle, comme c’est le cas aujourd’hui pour les pierres et l’or, deux ressources existent en abondance : l’Ilménite ou le sable noir et  le tandem nickel-cobalt.

 Actuellement c’est le groupe canadien Rio Tinto qui a investi pour un montant de 950 millions d’euros, pour le site d’extraction d’ilménite,  un port en pleine eau et sa centrale électrique. Le minerai brut est exporté via ce port vers le complexe industriel de Sorel au Quebec. Lorsqu’un dirigeant de Rio Tinto parle des retombées pour Madagascar il parle du port et de trois navires de croisière qui passent par là. Fort dauphin est toujours totalement isolé, il faut 3 jours pour faire la route/piste entre  FORT  DAUPHIN et TANA, et franchement on voit mal ce qu’un bateau en goguette pour l’après midi peut avoir à faire à Fort Dauphin ! En tous cas sur ce site, la production d’ilménite devrait représenter  750 000tonnes/an soit 10% de la production mondiale, et de plus le site devrait pouvoir produire 60 000 tonnes/an de zirsill. Dans la zone de Fort Dauphin, contrôlée donc par Rio Tinto, il existe 3 zones de forte concentration en ilménite, promettant une exploitation au moins sur 50 ans.

D’autres gisements d’ilménite  sont en cours d’exploitation par les chinois sur la côte est, au nord de Tamatave, dans la région de Fenerive. Un appel d’offres est en cours pour attribuer d’autres gisements d’ilménite plus au nord de Tamatave. Au nord de Tulear un immense projet sud-africain aurait été  bloqué pour des raisons environnementales, il prévoyait  500 000 tonnes/an.  Il semble, aux dernières nouvelles que cela se soit débloqué !

Pour le nickel-cobalt, Sherritt a en route un investissement de 4,5 Milliards de dollars US pour l’extraction à Ambatovy et le traitement chimique du cobalt et du nickel à Tamatave. Ce site devrait atteindre 5600 tonnes de cobalt/an soit 10% de la production mondiale et 60 000 tonnes /an de nickel, soit 5 % de la production mondiale. Les deux sites étant reliés par un pipeline de 220 km. Il a aussi fallu produire l’électricité, rénover le port de Tamatave qui a étéc déclarée « capitale économique ».

D’autres projets pourraient être extrêmement intéressants, comme l’exploitation du charbon dans la région de Sakoa. Ce sont deux entreprises thaïlandaises qui sont sur le coup. Il s’agit d’un enjeu réellement stratégique pour Madagascar.

Les chinois de WISCO exploitent les gisements de fer très importants, au Sud de Majunga, à Soalala. Comme presque toujours, il faudra construire ou aménager un terminal portuaire, produire l’électricité par une centrale thermique.

Toujours dans la région de Fort Dauphin, et sous la juridiction de Rio Tinto toujours. Il sera possible de produire  4 % de la production mondiale d’alumine. Faute d’énergie, la transformation ne pourra pas s’effectuer sur place et le minerai sera transporté via le nouveau port d’Ehoala.

Enfin, toujours dans la région de Fort Dauphin, une quinzaine d‘entreprises ont effectué des recherches avec des résultats plutôt prometteurs dans le domaine de l’uranium.

 

Et comme il y a tout de même une justice, c’est très souvent l’entreprise Colas qui effectue les très importants travaux associés à ces réalisations.

Fin

jeudi 23 août 2012

Un pays qui coule (3)


l’irrésistible ascension d’un DJ




Le sémillant Andry Rajoelina est né en 1975. D’une famille d’origine noble mais chose étonnante à Madagascar plutôt impécunieuse. On sait en effet que les trois piliers du pouvoir sont ici, la noblesse, l’église et l’armée. Le  père de Rajoelina servit dans l’armée française. Ceci lui valut de disposer de la double nationalité franco malgache. Ses parents et sa sœur résidaient en France. Alors lui, il allait se partager entre la France et Madagascar.

 

Il fit des études médiocres qui ne l’amenèrent pas pratiquement au-delà du niveau de bac. De plus, multipliant les petits boulots, il fut célèbre en tant que DJ  animant les soirées chaudes de la « jet set » malgache et autres,  en particulier dans la boite de l’ex Hilton, actuellement Carlton à Tana. On dira que cette image lui colle un peu à la peau.

 


Comme les malgaches raffolent de presse à scandale, il court un certain de nombre d’anecdotes sur Andry, en particulier, dans sa jeunesse, une liaison très avancée avec Sarah Ravalomanana, fille unique du déjà fort riche, quoique non engagé en politique, au moins officiellement, futur Président déchu, qui aurait tout fait pour casser cette liaison qu’il jugeait inopportune, Rajoelina n’ayant aucune fortune et de plus étant normalement catholique. Si comme ce n’est pas improbable il y a un fond de vérité, il est certain que ce ne serait pas de nature à aller dans le sens de l’entente cordiale. Cette histoire somme toute assez banale aurait d’autres prolongements que je m’abstiens d’évoquer, et on reconnaît bien ici le génie des malgaches pour partir dans d’incroyables digressions, dans une démarche certes imaginative mais qui  n’a rien « d’historique.

C’est donc à Paris qu’il rencontra son épouse Mialy Razakandisa, ravissante par ailleurs, fille de famille richissime, avec en particulier une belle-mère redoutable en affaires. Il ne faut pas trop le dire mais madame Rajoelina, par ailleurs très active dans le « charity business », ne déteste pas passer régulièrement ses week end à l’Ile Maurice dans sa très select résidence, je dis très select, car il s’agit d’un machin horriblement cher et très jet set. Tout ceci nous éloigne un peu de ce peuple martyr. Bon, j’ai entendu de bien vilaines langues suggérer que le jeune Rajoelina, par ailleurs impécunieux, avait une attirance particulière pour les riches héritières.

En tous cas ce fut le point de départ d’une trajectoire hyper rapide, avec la création d’une société Inkjet dans le domaine de l’affichage publicitaire, société à laquelle allait s’adosser une société bien plus puissante de Madame Belle Maman, Nicole Razakandisa, société, la Domapub  dont il devient actionnaire et qu'il rachètera par la suite. Injet/Domapub détient alors le monopole de l'affichage publicitaire à Antananarivo.

 



En 2007, il rachète pour 400 millions de MGA (environ 150,000 €),  la radio et chaîne de télévision Ravinala, propriété de l'homme politique Norbert Ratsirahonana qu'il rebaptise Viva.

 

 Ravalomana vint au pouvoir, j’ai failli écrire, fut élu. Les élections lui donnaient une minorité – soit moins de 50% des voix- mais plus que Ratsiraka, mais insuffisante pour l’amener au pouvoir au premier tour. Il décréta avec quelques militaires et l’Eglise protestante  qu’il était vainqueur. La Haute Cour Constitutionnelle, toujours prête à aider le plus fort, entérina cette curiosité. Nous verrons qu’elle fera aussi bien pour Rajoelina .

Car enfin, si on commence à supposer la fraude électorale, on n’en finit plus, et mieux vaut donner raison au plus fort, d’autant qu’il faudrait chercher celui qui pouvait acheter le plus de voix. Bref, ce sont ces régimes qui veulent se donner des airs de démocraties, avec des institutions héritées de la France, mais totalement déviées de leur mission. Ça a l’apparence de la démocratie, car le peuple est censé voter, mais c’est autre chose. Il arriva donc au pouvoir, laissant au passage une centaine de morts sur le carreau. Ratsiraka préféra se retirer en France, où il vit un exil doré, certainement avec les économies réalisées durant ses années de règne. Bref en 2002 Ravalomanana s’est autoproclamé Président de la République Malgache, avec la bénédiction du Président de la HCC.

Et puis aussi, dans un pays où l’analphabétisme ne cesse de progresser, pour être supérieur à 50%, je voudrais qu’on m’explique le sens que peut avoir une démocratie, quand, avec un tee  shirt ou un petit billet, on peut faire voter n’importe qui, de même avec les diatribes des prédicateurs, pasteurs, gourous et autres imposteurs. Et si cela ne suffisait pas, quelle crédibilité apporter aux comptages de voix ?


Et figurez-vous que notre DJ fut élu maire de Tana en 2007, soit à  33 ans, pas mal non ? Comme ça, sur son charisme, sa valeur entrepreneuriale,  avec sa radio, sa société d’affichage, mais aussi belle maman. Bref, dans ce pays de cocagne pour le fric, rien n’est impossible et notre Handry arracha la mairie de Tana, qui est un tremplin quasi  obligatoire pour un merina. Ravalomanana avait prévu d’y placer un homme à lui, mais il fut battu. Connaissant Madagascar, on devine que tout ceci ne fut pas simple, ni gratuit, ni d’un côté ni de l’autre. Pour l’occasion il monta un parti politique, le TGV,  «  Tanora malaGasy Vonona »  (traduction : « Jeunes Malgaches prêts »), qui se déclarait franchement en opposition à Ravalomanana . Ce n’est pas non plus gratuit !

Ceci dit, la même année, Ravalomanana était réélu sans discussion possible à la Présidence de la République. Le moins qu’on puisse dire est qu’il ne fit rien pour favoriser le travail de Rajoelina à Tana, coupant les subsides de l’Etat, tandis que la Jirama elle, coupait fréquemment l’électricité pour une histoire d’ardoise laissée par les précédentes mairies, et contestant son monopole des panneaux d’affichage. De plus de fréquents conflits les opposaient avec la chaîne Viva. Tout ceci tourna en eau de boudin, avec l’histoire entre autres des coréens de Daewoo et Ait Force 2 en 2009, Rajoelina ayant pris la tête de l’insurrection politique. Il s’en suivit des émeutes sérieuses, et Ravalomanana dut négocier son exil non sans avoir fait tirer une dernière fois sur la foule, faisant une trentaine de mort, à cette occasion. Il avait prévu de donner les cles de Madagascar à une Junte militaire, qui elle remit le pouvoir pour la transition à Rajoelina. A 35 ans donc.

Depuis, durant 3 ans, d’une part Ravalomanana fait tout pour revenir, entretenant sur place une opposition très active depuis son exil en Afrique du Sud, la Haute Autorité de Transition que Préside Rajoelina, avec l’aval de la Haute Cour Constitutionnelle, Haute Autorité qui regroupe une collection de « ministres » de toutes tendances jusqu’à assez récemment les partisans du Président déchu, ,n’est pas parvenue à organiser des élections, est régulièrement menacée de se voir couper les vivres, ce qui fait le bonheur des généreux chinois qui visent le Pétrole et les métaux, mais également doit composer avec les américains très pro Ravalomanana.


Il n’est pas exclu que Rajoelina n’ait pas la moindre compétence pour un tel poste, et les « investisseurs » s’en donnent à cœur joie, consolidant un neo colonialisme étouffant pour le peuple. Au début l’Elysée par la voix de Nicolas Sarkozy a fait remarquer que Rajoelina avait pris le pouvoir par un coup de force ce à quoi les malgaches répondent qu’il a été validé par la Haute Cour et que Ravalomanana avait fait de même. Ceci dit aussi, les attaques de Ravalomanana contre la francophonie, faisaient craindre pour les intérêts français encore puissants là-bas, et agaçaient souverainement les français. Donc depuis, comme toujours, une attitude très France Afrique a été observée. D'un côté une certaine forme de « reconnaissance » de Rajoelina, même si elle est mesurée et assujettie à un certain nombre de concessions, en particulier pétrolières mais pas seulement, en plus en contre chant, on susurre qu’une sortie possible serait le "ni ni", c’est à dire ni Rajoelina ni Ravalomanana, aux prochaines élections, lequel  Ravalomanana est totalement opposé à cette éventualité et, depuis son exil doré vient de se faire incroyablement réélire Vice-Président de l’Eglise FJKM. Pas mal pour un homme condamné par la justice de son pays à la prison à vie par contumace.

Je reproduis ici un article paru sur  Sobika pour info :

 

Test grandeur nature

 

 

Les élections pour le renouvellement des membres du bureau au sein de l’Eglise réformée Fjkm n’auront pas été une promenade de santé pour les deux candidats à leur propre succession, à savoir les Présidents et Vice-président sortants, respectivement Lala Rasendrahasina et Marc Ravalomanana. S’il est vrai que, dans d’autres domaines, notamment celui politique, plus les résultats des scrutins sont serrés, plus les consultations peuvent être qualifiés de démocratiques, le fait se prête à des interprétations beaucoup plus inquiétantes non seulement pour les vainqueurs mais aussi et surtout pour l’organisation concernée, en particulier dans les circonstances actuelles. Car sans aller jusqu’à dire qu’il fallait s’attendre à un plébiscite, force est de constater que les résultats réalisés par les deux candidats suscités n’ont pas été à la mesure des intenses actions de lobbying en leur faveur qui ont précédé les opérations de vote.

 

Ceci, sans parler des autres arguments plus que percutants  -  pour ne pas dire sonnantes et trébuchantes  -   qui, on le devine, auraient pu accompagner les propagandes. Dans tous les cas, au vu de ces victoires dans un mouchoir de poche, le moins qu’on puisse dire est que, dans des conditions « normales », les deux favoris auraient sûrement été proprement terrassés par leurs adversaires aux moyens beaucoup plus modestes..

Au-delà, pour beaucoup, ces scores presque de parité des élections à la tête de la Fjkm, bien même qu’ils soient plus ou moins tronqués, ne peuvent que refléter la division en son sein et sans qu’il soit besoin de le souligner, il est clair qu’elle puise ses origines, en grande partie, dans la crise qui affecte le pays actuellement. Pour moitié en effet, ce vote sanction signifie un désaveu à l’égard de ceux qui ne se sont pas privés de mélanger le spirituel avec la chose politique, voire d’instrumentaliser le premier au profit de la seconde. Pour moitié, il s’agit d’un désaccord manifesté à l’égard de ceux qui se sont révélés être à l’opposé de ce qu’ils étaient censés être, c’est-à-dire des directeurs de conscience.

Quoi qu’il en soit, en ce qui concerne particulièrement Marc Ravalomanana, beaucoup estiment que, si ces élections s’étaient tenues au suffrage universel direct, elles auraient pu servir de test grandeur nature pour sa popularité actuelle, du moins au niveau de la communauté protestante. Et si déjà, sur ce qu’on aurait pu considérer comme étant son « terrain de prédilection », il apparaît que l’homme avait tout le mal du monde à obtenir une confortable majorité, qu’en sera-t-il dans la prochaine course à la magistrature suprême du pays auquel il compte s’aligner et où l’électorat sera beaucoup plus large, pour englober notamment  -  et pour ne citer qu’eux  -  les croyants de la très puissante Eglise catholique que l’ex-Président, nul ne l’ignore, n’avait absolument pas en odeur de sainteté tout au long de son quinquennat et demi ?

 

En attendant, vu de l’extérieur, la corruption s’amplifie de façon dramatique, la misère aussi, avec l’insécurité. Et le pays coule, sans véritable gouvernement, à la merci de toutes les spéculations ! A tel point que je connais des gens très modèrés qui pensent que pour sortir de ce marasme il faudrait une junte militaire "probe" qui organiserait les élections! C'est dire si ça va mal!

 

A suivre : les enjeux de Madagascar