Navalon de tentadeo

Navalon de tentadeo
Navalon de tentadero. Photo de Carmen Esteban avec sa permission
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vendredi 1 avril 2016

Enhorabuena Titi!


Bernard Dussarrat, dit « Titi », et fils de « Titi », est un dacquois de souche, quoique espagnol par sa mère. Mais, c’est une alliance qui porte beau, non seulement, parce qu’une heure suffit pour rallier « l’Espagne », n’entrons pas dans les conflits basco ethno de l’Euskadi, au moins pour faire le plein de cigarettes de mon épouse, car je ne fume toujours pas depuis quatre ans et 3 mois. Appelons cela l’Espagne car parfois on y parle Espagnol, quoiqu’à contre cœur, et Bilbao, cœur de la "basquitude" a longtemps été une référence en matière de corrida dure.

Maintenant, à mon grand désespoir, on a instauré le rouge et  blanc obligatoire pour toutes les fêtes, y compris de la région, ce qui fait le bonheur de certains commerçants et de lignes de fabrications chinoises ou autres. Car, voyez vous, ceci est censé « gommer » les différences sociales, mais surtout, est venu d’une imitation aussi stupide que niaise des fêtes de Pamplona, oubliant au passage que ces couleurs sont celles de la Navarre fasciste des  «  requetes » carlistes. Quant à l’élimination des différences sociales, disons que les penas plus ou moins privées se multiplient, qu’on peut se démolir selon l’endroit au champagne ou au rosé « low cost ». Je parle du prix d’achat, pas du prix de vente du litre.

Titi, est un indestructible des tendidos. Il s’est souvent distingué, en chemise très colorée, interpelant de sa voix de stentor embrumée les éleveurs, les toreros, les organisateurs, les curés éventuellement, les ignares nombreux dans les étagères. Il renouait avec cette tradition de la corrida populaire, ce que pour sa survie, elle n’aurait jamais dû cesser d’être. Je me souviens encore de mon père hilare rentrant de corrida, après que quelques tomates aient été envoyées à la face des toreros, ou commentant le geste de Dominguin pour indiquer qu’il était le « numero uno », provoquant la réaction sublime d’un illuminé polyglotte hurlant « numero cincuenta » ! C’est qu’à l’époque on avait « l’indignation » cultivée !

Pour revenir à l’objet de ce post, après une si longue absence, je voudrais parler de son livre « Dax en habit de lumières », sorti tout récemment, et présenté sous les arènes de Dax, à une assistance plutôt importante. Ce livre qu’il cosigne avec le photographe Bertrand Caritey, est illustré de photos rares et toujours dans le propos. La couverture est de l’ami Jérome Pradet, sur fond sombre, et fait de ce livre un objet qu’on a envie de regarder avant de l’ouvrir. Il a été édité par la jeune maison d’édition dacquoise Passiflore, dirigée par Florence Defos Durau et Patricia Martinez, qui fait un travail remarquable de sauvegarde d’un patrimoine dacquois et landais. En tous cas, la mise en page de ce gros pavé, de près de 300 pages est extrêmement soignée, y compris, la correction.

Pour le contenu, ce sont 25 ans de temporadas dacquoises, dans leurs plus extrêmes détails, corridas, novilladas avec ou sans picador, rejon, et aussi course landaise, qui fait tellement partie de la tradition des fêtes dacquoises.

Le polémiste acide que peut être Titi, s’efface devant la narration des faits, pour convenir qu’une commission taurine, ayant à charge l’organisation et les risques d’une temporada, est animée du désir de bien faire et de conserver aux arènes de Dax son brio, même si, en creux, on comprend bien que le sujet est hélas aussi politique, c'est-à-dire que, contraintes ou non, les commissions, à part quelques privilégiés très souples de l’échine, ont tendance à valser avec les changements politiques.

En tous cas, il réussit le tour de force de ne pas sombrer dans la collection de "resenas", c'est-à-dire que même s’il s’appuie sur des témoignages précieux, il a su conserver l’essentiel, c'est-à-dire l’essence de chaque corrida, avec une certaine distanciation, et fait mieux comprendre l’esprit de cette arène de Dax, si particulière. Je veux parler d’une certaine commisération envers les autres arènes, d’ une haute estime de soi même et d’un goût pour le beau toreo, qui l’a faite « s’auto surnommer ? »  la « Séville française »..

Son travail, finalement, dépasse largement la seule enceinte de Dax, car on y voit évoluer les phénomènes de mode, toros et toreros, et aussi assister au naufrage de certains sangs. De ce point de vue, ce livre est une somme, utile pour tout aficionado.

L’écriture est très belle, limpide, précise, toujours très soignée, même s’il n’a pas pu résister à un « l’assureuse de soustons », dans sa relation de la corrida de Cristina Sanchez .  Chaque année est précédée d’un texte introductif court mais précieux et conclue trop souvent par l’évocation d’un aficionado disparu.

Ce pourrait être une compilation ennuyeuse de textes convenus, mais il a su chaque fois éclairer chaque événement, faisant que son livre se lit d’une traite, non, je n’ai pas dit de pis, ni des blanches. En plus il se dégage une manière de sérénité, surprenante pour qui connait un peu le personnage, et surtout,  ce bonheur d’écrire qui sourd de chaque page.

Enhorabuena Titi !

jeudi 8 janvier 2015

Tant qu'il y aura des Pelloux


J'ai vu, bouleversé, l'interview de Patrick Pelloux sur Itele, ce matin. Cet urgentiste assez médiatique, chroniqueur à Charlie et ami des assassinés. La veille au soir il avait dîné avec Charb, qui lui avait dit combien lui pesait sa protection permanente.

En réunion tout près de Charlie, avec des pompiers afin d'améliorer les services d'urgence, il a été averti qu'on « avait besoin de lui » à Charlie. Il a cru à une vanne.

Il est arrivé le premier sur les lieux avec le commandant des pompiers. Il a vu ses amis massacrés, et a fait son métier pour d'autres.

Il pleurait des larmes d'homme, de rage. Il a dit aussi que ces types, « c'était faire injure aux fous de les traiter de fous ». C'est bien autre chose.,

Maintenant, ceux qui n'ont jamais connu Charlie, émanation directe et permanente de l'esprit de Mai 68 dans ce qu'il avait de plus transcendant , ou qui l'ont vomi pour cette même raison, ou qui tout simplement voulaient qu'il disparaisse, louent ses vertus, ou plaident une liberté de la presse de tartuffes, eux qui tentaient de la contrôler ou la vomissaient.

Ce déferlement de républicanisme lorsque la laïcité est bafouée quotidiennement, lorsque dans les banlieues on préfère laisser se développer le commerce de la drogue pour avoir la paix et permettre la circulation d'une monnaie pourrie, lorsque les policiers sont caillassés, est peut être salutaire.

Pelloux lui, dans ses larmes disait qu'il fallait éviter l'amalgame. Il a raison !

jeudi 30 octobre 2014

Irun un 29 Octobre


Cette année, ici,  l’automne quitte à regret l’été. Il en veut conserver la chaleur et le ciel d’un bleu d’ange. Il va aussi sans enthousiasme vers l’hiver. La seule preuve est donnée par  les jours qui raccourcissent et un soleil plus bas.

Rien que de doux ici. Rien à voir avec ces départements  du Sud Est dévastés. Certes la colère de l’Océan a bouffé des morceaux de cote, ici, là où peut être, il eût été plus judicieux de ne pas construire, mais, « business is business », et ça, évidemment, c’est hautement respectable.  Réchauffement climatique disent t’ils. Je pense à « Quand la mer monte » de Raoul de Godewarsvelde, de son vrai nom Francis Albert Victor Delbarre et qui sûrement fut son seul succès, 150 000 disques vendus, avec un refrain confondant :

« Quand la mer monte j'ai honte, j'ai honte
Quand elle descend je l'attends
A marée basse elle est partie hélas
A marée haute avec un autre. »

Je me surprends souvent à m’accrocher avec mon ado, amatrice de rap, en oubliant cette connerie de Raoul, et tant d’autres, rivalisant de vulgarité, lorsque je dis que les paroles que je ne connais pas vraiment sont nulles. L’accent et les propos graveleux neuf trois m’insupportent. Paraît qu’il y a de vrais poètes !

Mais aussi, il suffit d’avoir eu une fille passée en classe de seconde actuelle, quelles que soient ses difficultés propres à l’adolescence, pour mesurer l’échec terrible et de l’intégration et de l’enseignement des bases. Et je le dis sans animosité, combien d’élèves de seconde actuelle, seraient capables d’avoir le certificat d’études de mon père. Alors bien sûr aussi, lorsque vous passez, toujours en filière classique, dans le S, le ES ou le L, la différence est flagrante. Classes calmes, studieuses, avec des enfants qui ont conscience de préparer leur avenir. Je garde un souvenir terrible de cette seconde poubelle, qui achève ses enfants, pour n’avoir pas su les protéger avant. On me dit aussi que certains élèves se révèlent dans les filières non traditionnelles. Mais pourquoi si tard ?

Voilà, nous étions donc à Irun. Mes femmes voulaient faire quelques courses. Je conservais le souvenir d’une ville noire et puante, comme Pasajes, allez savoir pourquoi. Je suis allé m’asseoir sur une jolie petite place, à l’abri de platanes, laissant les filles à leurs occupations. Une petite bière et les pensées déjà s’envolent.

 Irun martyr de Mola et de Franco, Irun qui résista jusqu’à épuisement de ses pauvres munitions,  avec des trains d’armes bloqués à Hendaye par la honteuse « non intervention » des scandaleux britanniques. Mon père me racontait que c’était une promenade pour certains d’aller de l’autre  coté du fleuve voir les espagnols s’entretuer. Ils ne savaient pas que c’était un prélude à leur propre malheur.

Je m’étonnais que la ville comporte tant de montées et de descentes, de collines et compris pourquoi, sur ce terrain, la résistance avait pu être dure.

Mais voilà cette petite place et ses platanes avait quelque chose de doux et tendre. Le soleil commençait à décliner, presque dans un liquide mielleux, qui commençait à s’étaler mollement. J’étais bien.

« Tengo que cobrar » me dit la serveuse avec un sourire. J’étais plutôt fiérot, parce qu’à la table d’à coté elle avait parlé un français impeccable à de bien exigeants gaulois réfractaires à la langue du divin manchot. « Comment payer moins cher ? », « une ration pour deux ça suffit non ? », « comment se fait t’il qu’il n’y ait pas d’eau en carafe du robinet ? ». Ils n’avaient rien de miséreux, et les entendant parler, je compris qu’ils étaient libraires. Il doit y avoir une sérieuse crise du livre.

Elle était plutôt grande m’a-t-il semblé, nette, et d’une grande beauté. Un profil fin et parfait et des cheveux auburn. « Ne me dites pas qu’en plus vous avez les yeux verts » lui dis-je, victime de mon syndrome Maureen o’Hara. « Mais si », dit t’elle, me faisant face dans un grand rire.

J’ai payé et me suis enfoncé dans mon fauteuil. Elle disparut dans le ventre noir du bar. Peu après, son sac pendu à son coude, elle transporta un tas de cartons. Ils font aussi le tri sélectif à Irun. Sans hâte, toujours droite.

Puis elle chercha le soleil pour traverser la petite place. Le soleil fêtait le cuivre de ses cheveux. Elle marchait doucement, je pensai alors qu’elle n’avait personne à rejoindre, au moins dans l’immédiat ou que simplement elle voulait remercier le soleil d’automne de tant l’embellir.

Elle s’arrêta, fouilla dans son sac, un drôle de sac qu’on eût dit en carton. Elle sortit une cigarette qu’elle alluma. Elle en tira une longue bouffée, qu’elle expulsa nez vers le ciel. La lumière et la fumée la nimbèrent d’une ouate mi argent mi or.

Sans doute savait t’elle que je la regardais. Elle reprit son chemin, me tournant le dos. Au coin de la place, elle me fit un petit signe d’adieu de la main.

lundi 19 mai 2014

Divagations autour de "La Ferme des Fous"


Le chagrin, cette blessure de l’ame, vous envahit et vous réduit à l'impuissance. Le malheur qui peut se manifester quasi simultanément sous différentes formes, vous anéantit, vous froisse comme un papier d’emballage détroussé avant de rejoindre la poubelle. Alors vous n'avez plus ni envie d'écrire, ni de vous insurger, ni de parler, encore moins de parler de toros. Si vous saviez comme je me fous des états d’âme du roulis, ou de la fasciste Sra Dª Mercedes Picón y Agüero, Marquesa de Seoane, qui poursuit toujours, avec sa choucroute sur la tête « los rojos » d'une haine inexpugnable, elle, la roturière. Et je me marre de voir certains irréductibles gauchistes, staliniens repentis , ou « connaisseurs » de la Guerre d'Espagne, honorer ce symbole vivant de la réaction espagnole, du vrai fascisme, pourtant rare en Espagne, accompagnée de son veau sous la mère. Donc, au risque de heurter certaines sensibilités autoproclamées détentrices de la corrida la seule, la seule vraie, la leur, celle des vrais Veragua de la Marquesa de Seoane, on se marre, je n'aime pas les Prieto. Et je le dis haut et fort. Et même, vous l'avouerai je, je n'apprécie pas Fandino. Tout comme je me fous de la stupéfiante reconversion du visionnaire du Boucau. Çà m’arracherait même un sourire, au cœur de cette année de froides nuits.

 

Voilà c'est dit. Le froid peu à peu s'évade des os, sans précaution excessive, parfois avec des craquements, comme s'il étouffait et avait besoin de l’âme du feu. Mathilde rit en regardant des conneries à la télé. Comme si les sublimes aubes de Deck peu à peu s’effilochaient, au dessus des marais landais, peut être ceux d’Orx, près de chez lui, pour laisser place à un soleil de frileuses mais bienfaisantes espérances. Le soleil de chez nous. Ce soleil naissant, avec sa lente montée en température, bienfaisante comme la joue d'une mère. Et puis j'ai aussi les amis du net, le kine nimois que je trouve un peu triste, maja, ludo, gina, mon « hermanito » de las Ventas, ma Condesa chérie, mon Xavier, mon cher JLB aussi et Largo Campo, et le Deck, bien sûr. Tous ont su, parfois par leurs paroles, leurs écrits, leurs mots si pudiques, ou leurs silences,  me dire que nous n'étions pas seuls,  quand la boue molle et tiédasse de la détresse durcissait autour de nous, pour nous pétrifier. Car on n'a plus la force de lutter pour casser l'emprise. Merci à vous mes amis de m'avoir épargné les platitudes, les phrases convenues, ou les « c'est normal ». Le malheur n'est jamais normal, c'est une saloperie, partout dans le monde, mais décider de ne plus se battre, nom de Dieu, Mathilde!

 

Bien sûr, avec mes petits problèmes, je me trouve maintenant un peu con, même si, jamais plus je ne baisserai la garde. Parce qu'il ne faut pas le faire. Et les guerres partout. Dans les guerres ce sont les civils qui trinquent, surtout les enfants. Je hais la guerre, celle qui met ces terreurs dans les yeux immenses des innocents. Certains sur les blogs ont tout compris et savent où sont les sympas et les fachos. Moi pas. J'envie leur naïveté ? Naïveté ou manipulation, ou propagande de pacotille. Non, elle me désole. Le doute rend les nuits invivables. Les certitudes, même les plus obscènes aident à dormir du sommeil de l'injuste, le plus fréquent, ou de l'ivrogne, ou de l'imbécile. Le salaud est celui qui tire les ficelles. Mais laissez les femmes, les civils, les enfants en paix, bande d'ordures.

 

Voilà, je me répète. L'Olivier lui, a écrit un livre immense. Je crois, d’après ce qu’il m’en a dit récemment, que lui même ne le mesure pas. « La ferme des fous ». On sentait bien avec « Adios Cartucho », qu’il se passait de grandes et belles choses chez notre écrivain. Ce titre qui sonnait si fort la guerre et en rythme sec de « taconeo» disait la couleur de l’Espagne martyrisée d'alors,  avec l’Ebre roulant des flots boueux de sang, devenu, sous une couverture immonde qui mériterait pour l'illustrateur de réhabiliter le garrot ou la guillotine, et le titre ordurier, racoleur, visant les 1500 d'un livre taurin, « Adios Torero », le pire titre possible, le plus laid, le plus putassier, le moins conforme au livre, dans un graphisme à dégouter un anorexique de vomir. Pourquoi pas « l'amoureux éconduit ? » trop « Concon ? » . Allons messieurs du Diable, Olivier méritait mieux, le texte aussi. Mais il vrai aussi qu'un grand texte finit toujours par renaître des injures au talent des éditeurs, marketing oblige disent t’ils.

 

Voilà, une nouvelle fois, c’est dit. J’ai connu en ces temps d’angoisse un psychiatre qui voue sa vie aux adolescents en souffrance. Il est géant et joue de la guitare rock. Tout en lui exprime l’attention portée aux autres, la bienveillance sans mièvrerie, le respect, hé oui, le respect. Tout le personnel de son institution est chaleureux, respectueux, ouvert, à l’écoute. Avec le psychiatre référent, les entretiens sont rudes, sans concession. On imagine l’adolescent éperdu, cherchant au fond de lui le mensonge ou le travestissement salvateurs, pour finalement céder. Par petits pas que seuls ces grands professionnels savent valoriser. A ceux qui en ont le goût et la capacité, on demandera beaucoup d’écrit. C’est ici que nous en venons, enfin à la « Ferme des Fous », ils pensent comme Colbert le psychanalyste, que l’enfermement en hôpital psychiatrique ne fait qu’aggraver les choses.

 

Chassé par la guerre ce psychanalyste part avec une poignée de malades, assumant le risque d’abandonner à leur triste sort, car les nazis n’aimaient pas les « fous », ceux dont il pensait que soit ils ne supporteraient pas le voyage, soit que tout espoir était perdu pour eux. A l’exception d’une vieille femme et d’un vieil homme pourtant quasi mourants.

 

Les autres sont certes malades mais jeunes et potentiellement actifs. Cette troupe de malheureux va trouver refuge dans une ferme, qui deviendra leur lieu de vie. Le psychanalyste développe l’idée que la maladie mentale ne peut être vaincue que si le malade mange bien et s’adonne à des activités, si possible de groupe. Donc le premier sujet d’occupation est trouver de la nourriture dans les fermes environnantes, mais également remettre en état la ferme délabrée et même cultiver un potager.

 

C’est une micro société qui se met en place, plus ou moins en marge de la société en guerre mais sans étanchéité entre les deux mondes. Les caractères deviennent plus tranchés lorsque la parole se libère.

 

C’est une œuvre complexe, qui marque encore une évolution chez Olivier Deck, dans la recherche d’un sens dans l’art, gagnant au passage une grande profondeur. L’écriture est celle de toujours de Deck mais peut être plus épurée, incisive, s’autorisant des violences inhabituelles, avec parfois des moments de grâce descriptive. Car la nature reste l’âme et l’homme une racine.

 

Disant cela je pense à Companys, à la même époque pratiquement, ce grand leader politique catalan, livré à Franco avec Peiro et Zugazagoitia par Vichy. Companys donc, qui demanda à ôter ses chaussures blanches pour être fusillé, afin de sentir sous ses pieds, une dernière fois,  sa terre de catalogne.

 

Il y a toujours chez Deck ce lien sensuel à la terre, sans qui l’homme ne serait rien.

 

Moi-même obsédé par la Guerre d’Espagne, je comprends cette obsession de Deck pour la période de l’occupation, surtout dans les campagnes. Tandis que les « fous » de la ferme suivent leur évolution sous l’œil du psychanalyste, au début peut être, plus spectateur qu’acteur, une petite fille lui donnera l’occasion d’agir vraiment et de se remettre en accord avec lui-même. Autour, l’occupation est prétexte à toutes les variations du genre humain. La veulerie, la lâcheté, la saloperie, la bonté désintéressée aussi.

 

Et ce qui m’a passionné est que la simple recherche de ce psychanalyste, ou son simple contact avec ses demandes simples, telles que disposer de la ferme plus longtemps, se procurer de la nourriture ou des médicaments, fait littéralement exploser tout le voisinage mettant à nu les haines, les mesquineries, les lâchetés, les rancœurs enfouies. Alors que le psychanalyste poursuit son chemin obstiné et solitaire, presque obtus, au moins avant la rencontre salvatrice avec la fillette, pour se démontrer à lui-même qu’il a raison dans sa démarche et que c’est la seule chose qui lui importe.

 

La fillette fera sortir Colbert de l'impasse d'une culpabilisation fondamentale, pas si bien assumée et fera du psychanalyste un homme nouveau. A lire, sans modération!

lundi 24 juin 2013

Les bas fonds de la corrida à Alicante!


Là, je crois que nous touchons le fond des fonds et des bas fonds.



Grande corrida à Alicante, chez notre Simon. Castella, Perera, Luque toros d'Alcurrucen. Je regarde cela sur mon ordinateur.



Petite moitié d'arène, même pour le commentateur Moles, MierdaToro voit deux tiers ce matin dans sa resena. Tiens tiens !



Premier toro véritablement minuscule, anovillado sans le moindre trapio.430 kgs annoncés je crois . Castella s'ennuie et m'ennuie, comme toujours.



Second toro. Un peu plus lourd. Premier tercio de manso majuscule. Perera décide de NE PAS PIQUER LE TORO. La Présidence accepte. Nul ne peut nier que Perera est un torero en apparence puissant, au moins avec ce genre de toro. Faena longue, digne d'un tentadero. Le toro a du fond, car il n'a pas été piqué du tout.Le public est ravi. Pétition d'oreille. La première est accordée. Suivie d'une forte pétition pour la seconde, oui, on ne rêve pas. Très justement le Président ne l'accorde pas.



Casas se fend d’une intervention indignée, sans doigt d'honneur, parle d'art, de symphonie et je ne sais quoi encore. Lamentable !



Mundotoro a vu une corrida bien présentée, on ne rêve pas, on ne rit pas non plus, et injurie le Président. Combien auront coûté à Casas les deux tiers d'arènes, la revendication de la seconde oreille, la protestation contre le Président, la corrida « bien présentée » et l'oubli évidemment de mentionner que le toro de la super faena de Perera n'a pas été piqué..



Je n'ai même pas regardé Luque jusqu'au bout. Je l'ai trouvé vulgaire et superficiel.



J'ai éteint la télé avant la fin du troisième toro.



On était dans un SIMULACRE de corrida, quelque chose qui ressemblait à un spectacle comico taurin. Comment la corrida pourrait-elle survivre à cela ?

jeudi 6 juin 2013

Calle Heredia




 
Angel Luis est un « venteno ». Il est né Calle Heredia, cette rue parallèle à la Calle de Alcala, à deux pas de Las Ventas.

 

Il s'était proposé pour me reconduire à l'aéroport. Nous avions le temps, alors il a décidé qu'à midi, nous irions boire quelques « vinos » dans « sa » rue.

 

Carmen, m'explique t'il, fréquente les bars de la Calle de Alcala, et leurs comptoirs en inox. Lui, Angel, les soirs de corrida va dans les bars taurins de sa rue : bois et têtes de taureaux.

 

Il m'a montré l'immeuble où il est né, au dernier étage. Un ou deux étages plus bas, vivait un picador. Les jours de corrida, on venait lui amener un cheval pour qu'il descende à Las Ventas. Enfant, Angel entendait le pas lourd du cavalier, et descendait en vitesse. Alors avec un autre enfant, le picador les chargeait sur son cheval et les menaient jusqu'à la Place de Las Ventas.

C'est ainsi que naît une aficion.

 

Maintenant, Angel vit à Paracuellos. Il m'explique que c'est maintenant une cité dortoir, à une portée de caillou de l'aéroport de Barajas.

 

Paracuellos c'est une des mémoires les plus noires de la Guerre d'Espagne des républicains.  Madrid
devait tomber du jour au lendemain en ce début de novembre 1936. Madrid bruissait encore des mots qui racontaient les massacres de Badajoz par les troupes marocaines de Franco et de bien d'autres massacres, comme ceux de Tolède, après la libération de l'Alcazar. Le gouvernement républicain avait abandonné Madrid pour poursuivre son action à Valence, on annonçait en France la chute certaine et même parfois anticipée de Madrid.

 

Le gouvernement républicain avait laissé la défense de Madrid entre les mains de Miaja et de Pozas, alors qu'une Junta exerçait les fonctions d'approvisionnement et de police. Les troupes de Franco étaient aux portes et curieusement, Varela qui commandait la manœuvre fit une manière de pause, trop sûr probablement de l'issue des combats. Ce laps de temps avait permis aux Brigades de rejoindre la capitales et aux armements soviétiques, chars et surtout avions, de contrer les armements de Hitler et de Mussolini.

 

A la Prison Modelo étaient enfermés des franquistes, souvent militaires. Comme Madrid devait être attaqué, on craignait que la prison libérée, ces prisonniers constituent une Cinquième Colonne et mènent la guerre de l'intérieur. On décida de les transférer dans une zone plus sûre. Pour beaucoup le voyage s'acheva à Paracuellos où ils furent exécutés. Certainement près de 1500 terminèrent leurs jours ici.

 

Angel n'aime pas que  nous évoquions ce sujet, je le comprends assez bien. De plus, aussi bien sa famille républicaine, que celle de son épouse ont payé un lourd tribu au franquisme, y compris au prix de leurs vies.

 

Angel Luis se nomme ainsi car son père était un fervent admirateur du Bienvenida portant les mêmes prénoms. C’est aussi un fervent républicain, à gauche toute et farouchement anti monarchiste. J’ai bien failli rencontrer son ami Grimaldos, historien, qui ce jour-là donnait une conférence à Reus. Une prochaine fois.

 

Lorsque nous avons déjeuné avec La Condesa, il a choisi un  restaurant portant fièrement en façade le drapeau tricolore de la Seconde République espagnole. Ce fut un grand et beau moment de fraternité. C’était toujours dans le même coin de la Puerta del Sol, du côté de la Calle del Carmen, une petite place. Initialement, nous devions boire ici quelques « vinos » en attendant Carmen.
 
Angel avait prévu de manger dans un autre restaurant tout proche. Il était fermé, Angel pense que c’est pour cause de deuil, car la patronne n’allait pas bien. Ici, Madrid ressemble à un gros village. Nous avons donc mangé sur la petite place, non loin du drapeau républicain, étalé sur la façade.

 

 

Quand je l’avais rencontré pour la première fois, avec Carmen, Angel nous avait emmenés dans le quartier de Salamanca. Ce quartier, très sélect, était un repère de la « cinquième colonne » et fut épargné par les bombardements franquistes. Le patron du restaurant, comme beaucoup ici, est de droite. Ami d’enfance d’Angel. Il l’a salué en le qualifiant « de maricon de izquierdas », et Angel l’a traité de « falangista de mierda » et de « fascio », tout en se donnant l’abrazo. J’ai bien précisé que j’étais aussi un « maricon de izquierdas ». Il nous a offert l’apéritif. On s’est bien marrés.

 

Nous avions donc le temps, Calle Heredia. Premier arrêt, « la tienta ». Ici, nous dit Angel, les
soirs  de corrida, le monde envahit la rue. En riant il nous dit que c’est interdit de boire dans la rue. La salle est petite et encombrée de têtes de toros. Ici le bar est artiste. Pas mal de Victorianos et partout, Curro.

 

En face du café, l’école que fréquentait Angel. Une école de « monjas ». Je souris à cette évocation « athée comme un pot de yaourt » comme dit Marmande. Jouxtant l’école des « monjas », une autre école qui était tenue par des « curas ». Angel dit en se marrant qu’ils pensaient à l’époque qu’il existait un souterrain entre les deux écoles afin de faciliter certaine convivialité discrète. L’immeuble où vivait Angel était à deux pas, en remontant un peu la calle Heredia.
 
 

 

Nous remontons donc un peu la rue. Ici, une porte discrète toute rouge. Sans panneau ni écriteau. Angel prétend que derrière cette porte se tient le plus petit bar de Madrid, contenant au maximum 20 personnes. 50 s’y entassent les jours de corrida. Un peu plus haut, pratiquement en face de l’immeuble où naquit Angel, un autre bar, tout petit aussi, dédié à Curro. Ici me dit Angel, on chante des « coplas » jusqu’à très tard dans la nuit. Le patron porte les stigmates de la veille. 3 heures et demi dit t’il. Nous n’avons pas le choix, « tortilla » et olives pour accompagner les « vinos ». Angel est chez lui ici. Je ne suis pas sûr que nous ayions payé. En partant je salue le patron, l’assurant que je reviendrai, car ce n’était pas cher.

 

Nous redescendons un peu la Calle Heredia. Sur la gauche le Restaurant La Puerta Grande. Un monument ici. On y est nettement plus toriste. Les têtes de toros en attestent, dont celle d’un Escolar

 

 
Gil de Ceret. Ici se tiennent souvent des tertulias taurines.

 

Re tortilla, re olives, re vinos visite de la salle de restaurant

 

Si vous passez  par la Calle Heredia, pensez qu’ici est né mon ami, mon hermanito de Las Ventas, cet homme bien qu’est Angel.

lundi 13 mai 2013

Adieu, TORERO


Olivier Deck vient de me faire parvenir un exemplaire de son nouveau livre chez le diabolique Vauvert. En fait, je pense qu'il ne m'en voudra pas de révéler qu'il m'avait fait lire ce texte il y a quelques mois, voire années, et que je l'avais beaucoup aimé.



Il s'agit d'un format pratiquement impossible à éditer en solo, selon les canons actuels de l'édition: il fait seulement 80 pages petit format et marges conséquentes, trop long pour une nouvelle, trop court pour un roman.



C'est un beau texte, d'un seul jet, sans coupure de chapitre, un drame rapide. Jamais la tension ne retombe. Pourtant c'est toujours cette écriture sereine, sensuelle et riche, si caractéristique de l'auteur abouti qu'il est.



Nous sommes donc à la fin de la bataille de l'Ebre. Franco avait voulu couper Valence de Barcelone,
fort de ses succès en Aragon, après la bataille horrible de Teruel. Les républicains avaient réussi à reconstituer une armée en ayant recours à la conscription des dernières classes disponibles. Ils avaient contre-attaqué, dans une manœuvre d'une grande audace, qui avait imposé de faire traverser l'Ebre à toute une armée.



Comme toujours, les républicains qui n'avaient connu que des défaites tragiques, exception faite de Madrid, avaient avancé avec succès. Cette armée savait avancer mais pas garder ses positions : trop peu d'officiers compétents, de sous officiers, de logisticiens, bref tout ce qui fait la force d'une armée. Très vite Franco avait réagi, fort d'une supériorité accablante de l’artillerie, des blindés, et surtout de son aviation. Les armes n'arrivaient plus aux républicains.



Negrin, le Président du Gouvernement pensait qu'il fallait toujours résister et se battre et que bientôt un conflit salvateur éclaterait qui sauverait la République. Mais tous les politiques républicains savaient bien que la cause était entendue, et ce, depuis la chute des provinces du Nord en 1937 donc.



Dans ce contexte de misère, de faim, de défaites les désertions se multipliaient car bien souvent, on n'avait le choix qu'entre être écrasés sous les bombes et les blindés ou tenter de fuir.



On peut supposer que les héros de « Adieu, Torero » faisaient partie de ces malheureux. Comme beaucoup, il ignoraient comment ils avaient vraiment atterri ici : l'un apprenti torero que la guerre a empêché d'aller au bout de ses rêves, l’autre qui est parti via les Brigades par fanfaronnade pour plaire à sa belle. Bien loin, en tous cas d'un idéal antifasciste.



Deux destins improbables, deux esprits simples unis pour quelques heures par la guerre. L'occasion pour Olivier Deck d'aborder, avec ses manières, toujours tolérantes et qui jamais n'imposent, les thèmes de la guerre, de l'écriture, du destin aussi.



J'en ai déjà parlé, et lui et moi en avons aussi discuté, chez Olivier Deck, l'homme manque de clarté et de résolution. Il se laisse emporter par des passions qui peuvent le rendre admirable ou veule ou même très con. Mais d'une certaine façon il subit son destin. La femme est un point fixe, une amarre. Elle est en général forte, a besoin de savoir pourquoi elle fait les choses et régit la vie des hommes. Ainsi ses « héros » sont-ils fragiles, ballottés par une vie qui les dépasse. Eux font les choses sans vraiment savoir pourquoi.



Il faut lire ce splendide petit livre inclassable, le relire aussi pour non seulement la beauté de l'écriture mais aussi cette sensation que nous avons de nous enrichir, au gré des mots et d’être emportés, mine de rien, ai je envie d'écrire, dans un monde qui nous absorbe totalement, celui d'Olivier Deck.



mardi 2 avril 2013

La démocratie en question!


Dans le Sud Ouest Dimanche de ce dimanche, Jean-Claude Guillebaud a signé un édito remarquable. Je le dis d'autant plus volontiers que je peste souvent contre cette publication hebdomadaire que je feins de n’acheter que pour son supplément TV, et, il faut bien le dire, les papiers formidables du très talentueux Christian Seguin : très belle écriture, fausse légèreté plus proche d'un certain dandysme, élégance donc.



Pour en revenir à Jean Claude Guillebaud, ce n'est pas réellement un gauchiste, ni un excité. Son article s'intitule « En finir avec l'absurdité ». Pour illustrer son propos il cite l'allemand Ingo Schulze, qui par exemple a écrit que «  le délitement de la démocratie, la polarisation économique et sociale croissante entre pauvres et nantis, la ruine de l’État social, la privatisation et la marchandisation progressive de tous les domaines de la vie » ne serait pas acceptable plus longtemps.



Jusque là, ce sont des choses qu'on murmure, constatant, avec terreur qu'on va droit dans le mur sur le cheval fou du « libéralisme » échevelé et surtout assassin. On constate bien sûr, mais on ne fait rien, attendant d'être vidés de notre substance sur place, avec cette excuse qu'on n'y peut rien, que c'est la mondialisation, et surtout qu'il ne faut pas déplaire aux marchés, au risque de se faire vampiriser.



Pour illustrer cette absurdité, il cite donc deux expressions qu'il juge pour la première comme « une sottise », l'autre comme « passablement obscène ». La première est de notre icône européenne, la si vertueuse et visionnaire Madame Merkel , dont précisément Schulze cite une formule datant de deux ans : « Il nous faut une démocratie conforme au marché », formule qui est la sottise. Guillebaud fait remarquer qu'aucune presse et pas seulement la française n'a sauté au plafond. Concernant la « passablement obscène », c'est Poutine qui s'y colle lorsqu'il utilise souvent, selon Guillebaud , la formule « démocratie dirigée » pour évoquer cette démocratie si maltraitée, mais il vrai que la « démocratie dirigée » est une spécialité des régimes dits communistes. Deux âneries colossales, comme si la démocratie pouvait être dirigée sans perdre évidemment toute sa signification, ou encore qu'elle devait être conforme au marché, c'est à dire, également, soumise au marché. Et selon Guillebaud, Schulze  ajoute : « Si nous voulons survivre économiquement, socialement, écologiquement et éthiquement, il nous faut des marchés conformes à la démocratie ».



Bien sûr, ceci en dit long sur le niveau d'implication du politique vis à vis du social. C'est aussi un aveu d'impuissance terrible traduisant, qu'on le veuille ou non un asservissement tragique aux puissances de l'argent, au détriment de toute idéologie et de vrai combat politique. Nos malheureux politiques n'ont en mains que des pétards mouillés, les armes de destruction massive sont ailleurs entre les mains de ce qui devient une oligarchie mondiale, et une peste argentée. On devine évidemment toutes les pressions chantages qui sont exercés sur les politiques quels qu'ils soient du type : «  ne m'emmerde pas ou je délocalise et te refile quelques milliers de chômeurs sur les bras », sans parler des « interactions » euphémismes avec les partis politiques par valises de fric interposées. On devine bien sûr que ces « dons » étaient à fonds perdus et sans espoir de retour, sous quelque forme que ce fût. Mais bien sûr tout ceci a cessé depuis belle lurette !



Et puis, on dirait que la leçon de 1929 n'a servi en rien. C'est à peine si on se souvient qu’elle a amené Hitler, Mussolini, Franco, Salazar, Staline, et bien d'autres, injustement, de moindre renom. Et encore, à cette époque, les puissances d'argent, banques, industriels, propriétaires terriens étaient moins généralisés et pas encore regroupés en une oligarchie mondiale.



Face à cette impuissance du politique, où des élections se jouent avec 30 pour cent de participation, il faudra bien se convaincre que comme l'écrit Guillebaud , le rôle du politique n'est pas de « rassurer les marchés » mais bien de « rassurer les citoyens ».



Un ami cher, content de mettre les voiles pour l'Espagne et l'Andalousie en particulier me disait aussi son dégoût profond pour cette classe dirigeante stéréotypée, sans imagination ni fierté. A mi-mots, je crois comprendre que selon lui, cela finira mal, très mal.



Face à cette désespérance qui se généralise, bien sûr, les extrêmes prospèrent, dans une débauche de populisme, aussi bien de droite que de gauche, extrêmes évidemment. Et le populisme, tout le monde sait où cela conduit.



Et à ce sujet, au risque de faire rire, je dirai qu'à bien y réfléchir, les similitudes entre les deux situations des années trente en Espagne et maintenant sont plutôt frappantes : domination d'une caste dominante ou de castes dominantes réactionnaires, échec du parlementarisme, gauche balayée en partie par ses propres incohérences et divisions, tentative de domination du religieux dans la vie sociale.



Il me vient aussi à l'esprit combien, et encore aujourd'hui, Mai 68, dont pour la droite, la faute principale et impardonnable est de l'avoir faite trembler sur ses bases, est encore donc insulté, déformé, ridiculisé. Pourtant, tout de ce qui nous arrive aujourd'hui était dénoncé et prédit. On le voit bien « ne pas désespérer Billancourt », « métro, boulot, dodo » et tant d'autres slogans, comme « il est interdit d'interdire » ou « sous le pavé la plage » ont un sens actuel, qu'on le veuille ou non.



Mais voilà, lorsque les banques se sont affaissées, victimes de leur imprévoyance, incompétence, affairisme ce sont les États dont nous, les pékins qui les ont renflouées, au prix d'une précarité, d'une paupérisation, d'une polarisation haineuse et d'une désespérance généralisées.



Alors bien sûr « l'indignation » est de mise mais sûrement non suffisante, mais malheureusement elle ne fonctionne que dans un seul sens. On l'a vu il n'y a pas si longtemps, lorsqu'un gouvernement de gauche a battu en retraite devant l'indignation des grotesques « pigeons ».



Les grecs ont certainement commis bien des erreurs, surtout leurs dirigeants d'ailleurs, tout comme les italiens, les espagnols, les portugais les français, même les anglais, mais les rigueurs qu'ils doivent subir sont proprement insupportables. Jusqu'à quand supporteront t'ils ? Sans broncher ?



J'en doute !

mardi 26 février 2013

Le Plan Badajoz vu du Boucau


J'avais juré de ne plus intervenir sur les écrits de l'illuminé du Boucau. Je tiendrai parole en ce qui concerne la corrida proprement dite, tant son retournement de veste me paraît comique, malhonnête et pour tout dire scandaleux. D'autant qu'il ne s’accompagne d'aucun « mea culpa », car après tout, tout le monde peut se tromper ou s’être trompé, et seule a été prise la décision de faire disparaître les textes du blog trop hargneux ou accablants. Bref, ça n'est pas réellement la peine de se battre comme des chiens, car il ne s'agit « que » de corrida, et il
n'est pas le seul à dire, ou à avoir dit, pour être gentil, des âneries.



Là où c’est plus grave, c'est lorsque à ces outrances, après tout humaines, on mêle la politique. Et là, l’illuminé non repenti, y va fort, comme toujours.



On s'étonne qu'un observateur aussi éclairé que lui de la vie politique espagnole n'ait pas compris que si à l'heure actuelle, le PP en remet une couche sur son « aficion », c'est pour créer des pare feu pour le moins bienvenus, et charger le PSOE, qui, c’est vrai, reste illisible sur le sujet.



Le PP est un peu « gêné » aux entournures par la vilaine affaire de corruption, de son ancien trésorier, Luis Barcenas, qui « aurait », fait profiter Rajoy de ses libéralités. Remarquez le conditionnel et les guillemets de « aurait ». Après le Roi, le gendre du Roi, ça commence à faire désordre pour les malheureux soumis à un plan de rigueur sans précédent. Je ne doute pas qu'à l'instar du père du même Rajoy, ce juge qui eut la bonne idée de mettre hors de cause le frère de Franco dans une somptueuse affaire de carambouille à l'huile d'olive, menée par une société dont il était l'un des principaux dirigeants, le fiston saura se sortir avec les honneurs de ce fâcheux contretemps.



Ceci pour dire que multiplier toutes les démagogies autour de la corrida, qui de plus concerne tous les publics, et toutes les sensibilités politiques, ne peut être que bénéfique en ces temps difficiles, pour un parti confronté à une situation économique et sociale sans précédent.



Mais André Viard aime beaucoup mêler à ses pensées taurines des considérations historiques. Il avait déjà été remarquable sur le fameux « devoir de mémoire », ou sur la fosse de « Viznar », tout en cirant consciencieusement les pompes d'Esperanza Aguirre, et de quelques autres notables du PP, et en répandant son venin sur Zapatero et le PSOE. On devine que ceci lui a rapporté quelques introductions dans les médias, qui ont pu lui être profitables dans son job.



Donc, notre BHL taurin, philosophant sur les poncifs, du style, tout n'était pas à jeter dans le franquisme, ce qui au minimum, est un faux problème, nous parle du « plan Badajoz », citant un quidam bienvenu, un « campesino » de là bas : "Pour transformer ces dehesas arides en terres cultivables et pâturages riches qui furent ensuite distribués à une infinité de petits propriétaires, il n'hésita pas à exproprier les grands terratenientes qui les laissaient en jachère... Ça, oui, c'était un projet socialiste...".



Sur le fond, ce projet important, tout à fait respectable et bienvenu également,  dans les années de post guerre, 50 et 60 pour donner une image valorisante du Franquisme, vit la construction de nombreux barrages, pour irriguer les terres arides et l'installation de l’ordre de 5000 colons sur des parcelles de 4 a 5 hectares. On avait adossé également un projet d'électrification et d'industrialisation.



Notre visionnaire omniscient du Boucau, omet ou déforme toutefois certains points qui peuvent avoir leur importance. Le premier étant que c'est la IIème République espagnole, par l'intermédiaire de Indalecio Prieto qui lança la réalisation de ce projet qui était dans les cartons dès le début du XXème siècle sous le nom de « Plan Gasset ». Le premier barrage fut construit durant la IIème République, et on commença le premier canal.



Cependant, lorsqu'il s'agit de mettre en route une réforme agraire, pourtant souhaitée aussi par la Falange de Jose Antonio Primo de Rivera, soit dit en passant, ceci souleva un tollé, chez les « terratenientes » évidemment, mais aussi chez les petits propriétaires, qui craignaient de se voir exproprier, et tout fut fait pour freiner cette réforme.



Franco, lui, ne risquait pas ce genre d'opposition, de là à écrire comme le fait notre plumitif intempestif qu'il « n'hésita pas à exproprier les grands terratenientes qui les laissaient en jachère... Ça, oui, c'était un projet socialiste.. », c'est tout de même très exagéré, puisque en fait, il s'est agi d'un donnant-donnant plutôt "équilibré", puisque sur 100 pour cent des terres irriguées et rendues cultivables, 60 pour cent restèrent la propriété des possédants initiaux, échangeant donc 100 pour cent de terres incultes contre 60 pour cent de terres irriguées.



Les chiffres très exacts sont les suivants : «  95000 hectares transformés en terres irriguées, dont 44000 donnèrent lieu à expropriation, et 34000 de ces 44000 furent distribués à 4763 colons.... ». Toujours dans les conditions citées précédemment.



Il ne me vient même pas à l'idée de critiquer ce type d'accord, mais avouons qu'en termes d’expropriation, il y a pire.



Le plus marrant reste à venir : « Si dans son apparente naïveté le propos peut surprendre, voire choquer, il n'en exprime pas moins une opinion largement répandue dans de nombreuses couches de la société espagnole, que l'on a bien sûr le droit de taxer de révisionnistes. Mais le fait est là : pour ceux - issus des classes populaires et non de la bourgeoisie -, qui bénéficièrent de ce vaste programme, Franco fut plus socialiste que Zapatero ou Rubalcaba ne le seront jamais ».



Concernant Zapatero et Rubalcaba, je laisse Monsieur Viard à son appréciation, mais traiter Franco de « socialiste » va le faire se retourner dans sa tombe, voire se réfugier au sommet de la croix du Valle de los Caidos. et c'est même une attaque tout à fait déloyale. Pourquoi pas communiste ou franc maçon! Je signalerai seulement que les fascistes se nommaient «  national-socialistes ». Pas plus que je ne reviendrai sur les prétentions « sociales » et « révolutionnaires » de la Falange initiale, pourtant très fasciste, celle de « l'ausente », Jose Antonio Primo de Rivera, très critique dans les débuts du franquisme sur l’absence de politique sociale voire de non séparation de l’Église et de l’État.



Enfin, l’allusion faite au « révisionnisme » espagnol, évidemment, est également inappropriée. Mais c'est une habitude de confondre certains termes lorsqu'on parle de l'Espagne, « révisionnisme » en fait partie, tout comme « libéralisme ».



Le « révisionnisme », dont le "pape" est Pio Moa, fait référence à une interprétation de l'Histoire de la Guerre Civile Espagnole, qui voudrait que celle ci ait débuté à l'automne 1934 lors des émeutes ouvrières des Asturies. C'est une façon, une nouvelle fois de s'exonérer d'une responsabilité des militaires, celle de s'être rebellés contre un pouvoir démocratiquement installé. J'en parlerai probablement plus en détails. Ceci a à voir, certes, avec une nostalgie du franquisme, voire dans certains cas du fascisme, et en tous cas rien à voir avec le fait de respecter l'Histoire dans sa complexité, qui est l'antithèse exacte du « révisionnisme ».



Tout ça finalement pour nous expliquer combien il est nécessaire de se convaincre que tout n’est pas blanc ou noir. Après tout, Hitler avait aussi construit plein d’autoroutes.







dimanche 27 janvier 2013

Cassez vous!

J'en ai plus Cassez!
Cette friCassez de jérémiades,
Finit par me les briser
Et me Cassez les pieds.
Si ça continue je vais me Cassez avec gros Gégé,
Cassez une croute avec Poutine.

mercredi 9 janvier 2013

Entre écoeurement et tristesse!


Entre écœurement et tristesse, voilà, oui, écœurement et tristesse, ainsi commence cette putain d’année 2013, après cette putain d’année 2012, sans parler des précédentes.
Un bon point, je ne fume toujours pas et ce, depuis le 2 janvier 2012, précisément. Mes poumons ont des ampleurs de cornemuse, je ne sais en fait si c’est bon ou mauvais, c’est quelque chose que j’ai réussi.  Avec comme l’œil dans la tombe de Totor, l’envie de fumer, qui me cligne de l’œil tel un travelo au bois de Boulogne. Voilà, pour le reste ! Rien !
Tristesse donc, tristesse oui, tant de sujets de tristesse ! On me dit, que le libéralisme est le comble de la liberté. Voui !!!!!! Moi, je veux bien. En même temps, je lis, je lis, toujours sur le même sujet. Cette gauche dont je suis qui depuis l’après-guerre a toujours perdu ses combats.
Et si on regarde bien, c’est elle, cette gauche, diverse, bigarrée, divisée, sectaire, qui a perdu la Guerre d’Espagne, même si, le fameux non interventionnisme n’y est pas pour rien.
Et parce que je vois des points communs terribles entre les deux périodes, je me dis  que nous allons en chier.
Car regardez bien, non seulement, il se savait que les riches avaient le pouvoir, subtil et souterrain, c’étaient les années Pompidou, là non, c’est en toute lumière, cynisme et impunité.
Mais bon, lorsque le travail est si rare qu’il est le fait du Prince, lorsque les gens ont tellement peur de le perdre qu’ils en deviennent veules, faibles ou malheureux, lorsque TOUS les corps constitués, je dis bien TOUS, communient à cette religion immorale, alors, les riches abusent. Et insensiblement, inexorablement, on va vers quelque chose de violent ou de révolutionnaire peut être.
Etre de plus en plus riche en faisant de plus en plus de pauvres serait une expression définitive de la liberté.
Et lorsqu’on cède devant les protestations grotesques des soit disant Pigeons ces zombies en majorité de la bulle Internet, ces patrons branleurs et asociaux qui n’embauchent que des auto entrepreneurs, à mes yeux, on se discrédite totalement, et surtout, on ne peut pas gouverner en faisant plaisir à tout le monde.  Les pigeons eux, n’ont pas renoncé à leurs délires de Loto. Ils ont foutu l’économie en l’air, ils continuent. Cette ère est celle du virtuel. Mais ils ont gagné, écœurement !
Mais quel besoin nom de Dieu, lorsqu’on est sûr de sa doctrine, et de son modèle de société, d’aller faire diversion avec des problèmes dits « sociétaux ».
Cette putain de société de communication, surtout lorsque cette communication professionnelle, vide de tout sens des postures après tout admissibles, pour leur substituer des dogmes. On fuit la complexité, au profit du dogme.
Et regardez bien, ces empaffés du FMI, viennent de s’apercevoir que dans leur modèle mathématique de la rigueur ils se plantaient, et qu’en fait, elle appauvrissait bien plus que prévu, la rigueur !
Ce n’est pourtant pas si difficile à comprendre. Le monde serait donc à  la merci d’une erreur de raisonnement, voire encore pire, d’une erreur de calcul d’un crâne d’œuf. De qui se moque-t-on ?
Ecœurement, le bouddha Depardieu qui se prend pour un penseur. Et toutes les chaînes qui relaient cette connerie d’ivrogne.  Voilà donc, la liberté serait en danger.
Mais nom de dieu, lorsqu’il y a des problèmes aussi lourds que le chômage, que cette misère qui s’abat sur des familles qui ne demandent qu’à travailler, on nous rebat les oreilles avec le mariage homosexuel, ou son débat à l’école, ou que sais-je, ces putains de 75 pour cent qui ne rapportent rien, je me dis que cette communication est pitoyable, car les symboles si on regarde bien, c’est extrêmement dangereux.
Car le seul symbole triomphant, aujourd’hui, on l’a introduit dans le quotidien des gens : la bourse, les pipoles, le pognon.
Franco était un virtuose du symbole : l’Alcazar de Toledo, la « mano incorupta », peut-être même d‘autres encore plus innommables. Nous c’est le pognon, les états d’âmes de Madame Parisot, de la Bourse et des Agences de cotation.
Alors laissez donc le symbolisme où il est, c’est-à-dire dans la poésie, et faites enfin de la politique, celle pour laquelle vous avez été élus. Bien sûr que c’est difficile, surtout lorsqu’on n’est pas tout à fait convaincu ! Après tout à l’ENA, on doit choisir son camp en fonction de son projet de carrière, ce qui simplifie les « questionnements », comme dit mon psy.
Je dirai seulement « tristesse » car les problèmes ne sont  vraiment pas de la même ampleur : je parle de la paupérisation de la société, du cynisme, de l’absence de vraie politique, par rapport au minuscule problème de la corrida.
Et là, on nous promet un virage à 180 degrés, et ce, avec les mêmes toreros, les mêmes organisateurs et les mêmes toros au moins encore pour 3 ou 4 ans, car les « camadas » sont faites.
Donc entendons-nous bien il faut du Prieto de la Cal, pur Veragua, on se marre, du Cuadri, partout, de l’Escolar partout, et surtout du Portugais partout.
Problème tout de même, les camadas sont faites, donc on va devoir racler dans les fonds de tiroirs ou se rabattre sur  d’improbables pures origines !
Et, encore plus grave, dans cet improbable mouvement de balancier, il va falloir que systématiquement les toros partent du centre de l’arène sur les forteresses volantes piqueuses qui n’ont rien d’abeilles mais plutôt de plateformes de forage.
Eh bien, pas seulement pour emmerder, je dis qu’un manso  peut partir de très loin sur des piques, et si le cite bras levé du picador est beau, il ne doit pas occulter que le toro se brise sur le cheval, qu’il est piqué très en arrière, ou tombé sur l’épaule, et que de fait, la carioca est automatique. Je veux dire que répéter cela au moins deux fois sinon trois, ne signifie rien, que cela dure trop longtemps, et que le toro s’y détruit.
Sans ajouter que le picador présente le flanc du cheval, où il est le plus protégé et non l’épaule, évidemment, ce qui entraine mécaniquement une jolie carioca sous les vivats de la foule.
Passer d’un extrême à l’autre est tout simplement une ânerie.