« Qui trop
embrasse mal étreint »
Le souci majeur de Monsieur Ravalomanana était de consolider
son monopole sur tout l’agro-alimentaire de Madagascar, en exemptant également
toutes ses entreprises de toute charge fiscale. Ceci passa aussi par la
suppression de toute concurrence. Ensuite évidemment les très rentables
trafics : bois précieux, vanille, cacao, café, zébus, mais aussi pierres
précieuses, semi précieuses, or, pétrole, riz, huiles essentielles et les
importations, devaient passer sous son contrôle ou celui de ses affidés.
Très astucieux c’est avec un certain cynisme qu’il monta une
police anti-corruption, si, si, si, cela aussi fait bien rigoler les malgaches,
« encore une connerie » et
même une cellule anti blanchiment « encore
une connerie », comme dit le serveur du restaurant de notre hôtel. Or
la corruption est un secret de polichinelle, à tous les niveaux de l’Etat, y
compris les plus hauts, et des
Administrations du plus petit niveau au plus élevé, y compris judiciaire ou policière
à tous les niveaux, sans parler des douanes, par pudeur, voire même certains
secteurs universitaires. Bref, parlons clair, aujourd’hui tout s’achète ou peut
se vendre à Madagascar.
Quant au blanchiment d’argent, c’est aussi une tarte à la
crème, car si dans les banques on effectue la change avec un certain nombre de
précautions et contrôles, là où le change est le plus spectaculairement
favorable, c’est dans des officines de change qui n’ont rien de
confidentielles ; ont pignon sur rue, fleurissent partout et où vous
pointez avec vos euros et sortez avec des ariarys sans le moindre contrôle.
Exemple à Tana à deux pas de l’hôtel et dans une des rues les plus importantes
de Tana, et à deux pas aussi du Palais Présidentiel, pour un cours officiel de
2880 on changeait à 2850, 2550 à l’hôtel et entre les deux dans une banque. En
réalité il faut être vigilant car on trouve toutes sortes de changes, mais la
grande ile est une lessiveuse à monnaie de première grandeur, et les antis
blanchisseurs devraient ôter leurs verres de lunettes en bois de rose massif.
C’est aussi pour cela que les malgaches se marrent, mais dirons-nous d’un rire
jaune, ce qui est dans leur cas, un peu contre nature. « Encore une
connerie » !
De plus Ravalomanana était soutenu par une partie de l’Eglise Protestante, dont il était ni plus ni moins que le chef , l’église
FJKM ou l’église réformée malgache. Pour bien comprendre l’importance de
l’Eglise et plus particulièrement protestante à Madagascar, je conterai la
démarche de Mamy . Marié l’an dernier avec Nathalie, il est père d’un
petit garçon depuis fin Mai. Jusqu’ici, Mamy ignorait royalement la religion,
voire même plus, un peu à l’image de cette mécréante de Lanto. Déjà en vue de
son mariage il avait fait une préparation religieuse poussée et il poursuit assidument
sa formation. Comme je m’étonnais de cette conversion pour le moins
spectaculaire, il me dit qu’il était nécessaire de faire partie de la
communauté et de plaire au Pasteur, en étant connu de lui. C’est la façon plus
tard de garantir l’accès de l’enfant aux bonnes écoles privées, entre autres
bénéfices. Et désormais gêné, il
éluderait soigneusement le sujet, que je renonçai à aborder. Mais son
cas est courant : un de ses frères également, que j’ai connu très
mécréant, est marié à une femme très croyante. Même discipline pour lui. Ses
deux filles fréquentent des lycées et écoles supérieures religieuses et
évidemment privées et fort chères. Lui est plus clair sur le sens de sa démarche en n’en
fait pas mystère. Donc à l’évidence on ne peut pas parler de séparation de
l’Eglise et de l’Etat, et de plus les pseudos églises de tout crin se
multiplient, surtout dans les provinces où l’analphabétisme, les superstitions,
les pratiques proches du vaudou font des ravages et font de ces déshérités des
proies faciles pour tous les imposteurs.Et, dans un pays où l’analphabétisme, précisément,
est supérieur à 50%, on imagine le poids d’un Pasteur ou autre gourou qui inciterait
à voter pour tel ou tel candidat.
On peut dès lors parler de folie des grandeurs lors de son
second mandat pour Ravalomanana. S’il est vrai qu’il a développé une ébauche de
réseau routier, le premier bénéficiaire a été, aussi, son groupe. Dans ces
années fastes, en partie la route de Tamatave était sillonnée par les beaux
camions de Tiko. Aujourd’hui ces routes construites plus que légèrement, comme celles de Diego et Majunga se dégradent
à une vitesse effrayante. On peut se demander quelle partie du budget prévu
passait réellement dans la construction de la route et non sur certains comptes
discrets. Encore une connerie !
Certes déjà les avantages accordés à ses entreprises au
détriment du fisc, son monopole de fait en interdisant toute concurrence, son
flirt poussé avec l’Eglise FJKM dont il s’est fait élire vice-président, son
désir de contrôle strict de la presse et de l’audiovisuel en général, comme
sa francophobie exacerbée qui le pousse
à promouvoir l’anglais, au grand dam des élites malgaches.
Mais tout cela après tout ne serait rien, si on excepte la
ricaine « touch » derrière tout cela. US AIDS est au sommet de
son intervention bienfaitrice, et on parle de l’Ambassade américaine. Bref tout
va bien pour le « self made man, golden boy ». On sent bien que ça
barbouze un max. Ravalomanana allait commettre au moins 3 énormes fautes de
goût :
- -
en interne, il alla jusqu’à envisager et bien
plus avait décidé de concéder au coréen Daewoo l’exploitation de 1,3 millions
d’hectares de terres cultivables. On imagine bien sûr quel profit auraient pu
tirer ses entreprises d’agro-alimentaire de la manip dont nul ne connaît les
aspects contractuels, sinon qu’il s’agissait
d’un bail emphytéotique de 100
ans. Lorsqu’on sait la valeur inaliénable attribuée à la terre à Madagascar, il
s’agissait tout simplement d’un sacrilège. En effet des populations forcément
vivaient sur ces espaces, (cela représente peu ou prou un carré de 100 km de
coté), avec sûrement des tombes, des lieux sacrés qui seraient profanés et tant d’autres choses qui comptent
pour les malgaches. Ceci dit, ce qui a le plus alimenté les soupçons est que l’opération
a été ficelée dans le secret le plus absolu et sans la moindre transparence.
-
sa francophobie affichée agaçait Paris tandis
que son libéralisme échevelé lui attirait certaines sympathies :
Allemagne, Chine, Etats Unis. Ceci le conduisit à confier à des acteurs
étrangers des entreprises phare comme la Jirama (le producteur et fournisseur d’énergie électrique à
Madagascar) aux allemands, mais aussi en 2005, le groupe Bolloré perdit la
concession du port de Tamatave, privatisé au profit d’un groupe philippin et il
fallut des pressions très fortes de l’Elysée, car la France reste un bailleur
de fonds essentiel pour Madagascar, en 2008, pour que Total finisse par signer
avec l’Etat malgache une licence lui permettant exploiter les sables
bitumineux de Bemolonga , à l’Ouest de l’île, alors que Ravalomana, qui
admirait le régime libéro-autoritaire chinois, voulait précisément en confier
cette exploitation à ces chinois, qui eurent leur compensation avec les mines de
fer dans la région de Majunga, à Soalala en 2010 ce coup ci. Toujours en 2008
l’ambassadeur de France Gildas Le Lidec fut viré comme un malpropre. Le bruit
court qu’il aurait fait survoler certaines zones occultées par des
hélicoptères, ce qui dans ce cas ressemblerait à un règlement de compte de barbouzes, mais aussi que ce diplomate
habitué de l’Afrique était précédé d’une réputation quelque peu sulfureuse car
où il passait, cela se terminait en conflit armé, (Congo et Côte d’Ivoire) . Je
ne sais pas si cet argument est valable dans la mesure où les conflits armés
semblent les seuls moyens de régler les problèmes en Afrique, mais il semble
que le très superstitieux Ravalomana était persuadé que notre
représentant « avait le mauvais œil ».
- - enfin, soucieux d’imiter les grands chefs d’Etats,
il envisagea de recevoir l’Union Africaine à Tana, fit construire un hôtel somptueux
non loin de l’aéroport par les chinois, acheta un stock de voitures de luxe,
mais surtout s’offrit un Boeing sur le modèle de Ait Force One, surnommé Air Force 2, pour la modique somme de 60
millions de dollars. Dans le 12ème pays le plus pauvre du monde, tout cela faisait
un peu désordre.
Mais, « qui trop
embrasse mal étreint »
A suivre, « l’irrésistible
ascension d’un DJ »



























