Navalon de tentadeo

Navalon de tentadeo
Navalon de tentadero. Photo de Carmen Esteban avec sa permission

mardi 26 février 2013

Le Plan Badajoz vu du Boucau


J'avais juré de ne plus intervenir sur les écrits de l'illuminé du Boucau. Je tiendrai parole en ce qui concerne la corrida proprement dite, tant son retournement de veste me paraît comique, malhonnête et pour tout dire scandaleux. D'autant qu'il ne s’accompagne d'aucun « mea culpa », car après tout, tout le monde peut se tromper ou s’être trompé, et seule a été prise la décision de faire disparaître les textes du blog trop hargneux ou accablants. Bref, ça n'est pas réellement la peine de se battre comme des chiens, car il ne s'agit « que » de corrida, et il
n'est pas le seul à dire, ou à avoir dit, pour être gentil, des âneries.



Là où c’est plus grave, c'est lorsque à ces outrances, après tout humaines, on mêle la politique. Et là, l’illuminé non repenti, y va fort, comme toujours.



On s'étonne qu'un observateur aussi éclairé que lui de la vie politique espagnole n'ait pas compris que si à l'heure actuelle, le PP en remet une couche sur son « aficion », c'est pour créer des pare feu pour le moins bienvenus, et charger le PSOE, qui, c’est vrai, reste illisible sur le sujet.



Le PP est un peu « gêné » aux entournures par la vilaine affaire de corruption, de son ancien trésorier, Luis Barcenas, qui « aurait », fait profiter Rajoy de ses libéralités. Remarquez le conditionnel et les guillemets de « aurait ». Après le Roi, le gendre du Roi, ça commence à faire désordre pour les malheureux soumis à un plan de rigueur sans précédent. Je ne doute pas qu'à l'instar du père du même Rajoy, ce juge qui eut la bonne idée de mettre hors de cause le frère de Franco dans une somptueuse affaire de carambouille à l'huile d'olive, menée par une société dont il était l'un des principaux dirigeants, le fiston saura se sortir avec les honneurs de ce fâcheux contretemps.



Ceci pour dire que multiplier toutes les démagogies autour de la corrida, qui de plus concerne tous les publics, et toutes les sensibilités politiques, ne peut être que bénéfique en ces temps difficiles, pour un parti confronté à une situation économique et sociale sans précédent.



Mais André Viard aime beaucoup mêler à ses pensées taurines des considérations historiques. Il avait déjà été remarquable sur le fameux « devoir de mémoire », ou sur la fosse de « Viznar », tout en cirant consciencieusement les pompes d'Esperanza Aguirre, et de quelques autres notables du PP, et en répandant son venin sur Zapatero et le PSOE. On devine que ceci lui a rapporté quelques introductions dans les médias, qui ont pu lui être profitables dans son job.



Donc, notre BHL taurin, philosophant sur les poncifs, du style, tout n'était pas à jeter dans le franquisme, ce qui au minimum, est un faux problème, nous parle du « plan Badajoz », citant un quidam bienvenu, un « campesino » de là bas : "Pour transformer ces dehesas arides en terres cultivables et pâturages riches qui furent ensuite distribués à une infinité de petits propriétaires, il n'hésita pas à exproprier les grands terratenientes qui les laissaient en jachère... Ça, oui, c'était un projet socialiste...".



Sur le fond, ce projet important, tout à fait respectable et bienvenu également,  dans les années de post guerre, 50 et 60 pour donner une image valorisante du Franquisme, vit la construction de nombreux barrages, pour irriguer les terres arides et l'installation de l’ordre de 5000 colons sur des parcelles de 4 a 5 hectares. On avait adossé également un projet d'électrification et d'industrialisation.



Notre visionnaire omniscient du Boucau, omet ou déforme toutefois certains points qui peuvent avoir leur importance. Le premier étant que c'est la IIème République espagnole, par l'intermédiaire de Indalecio Prieto qui lança la réalisation de ce projet qui était dans les cartons dès le début du XXème siècle sous le nom de « Plan Gasset ». Le premier barrage fut construit durant la IIème République, et on commença le premier canal.



Cependant, lorsqu'il s'agit de mettre en route une réforme agraire, pourtant souhaitée aussi par la Falange de Jose Antonio Primo de Rivera, soit dit en passant, ceci souleva un tollé, chez les « terratenientes » évidemment, mais aussi chez les petits propriétaires, qui craignaient de se voir exproprier, et tout fut fait pour freiner cette réforme.



Franco, lui, ne risquait pas ce genre d'opposition, de là à écrire comme le fait notre plumitif intempestif qu'il « n'hésita pas à exproprier les grands terratenientes qui les laissaient en jachère... Ça, oui, c'était un projet socialiste.. », c'est tout de même très exagéré, puisque en fait, il s'est agi d'un donnant-donnant plutôt "équilibré", puisque sur 100 pour cent des terres irriguées et rendues cultivables, 60 pour cent restèrent la propriété des possédants initiaux, échangeant donc 100 pour cent de terres incultes contre 60 pour cent de terres irriguées.



Les chiffres très exacts sont les suivants : «  95000 hectares transformés en terres irriguées, dont 44000 donnèrent lieu à expropriation, et 34000 de ces 44000 furent distribués à 4763 colons.... ». Toujours dans les conditions citées précédemment.



Il ne me vient même pas à l'idée de critiquer ce type d'accord, mais avouons qu'en termes d’expropriation, il y a pire.



Le plus marrant reste à venir : « Si dans son apparente naïveté le propos peut surprendre, voire choquer, il n'en exprime pas moins une opinion largement répandue dans de nombreuses couches de la société espagnole, que l'on a bien sûr le droit de taxer de révisionnistes. Mais le fait est là : pour ceux - issus des classes populaires et non de la bourgeoisie -, qui bénéficièrent de ce vaste programme, Franco fut plus socialiste que Zapatero ou Rubalcaba ne le seront jamais ».



Concernant Zapatero et Rubalcaba, je laisse Monsieur Viard à son appréciation, mais traiter Franco de « socialiste » va le faire se retourner dans sa tombe, voire se réfugier au sommet de la croix du Valle de los Caidos. et c'est même une attaque tout à fait déloyale. Pourquoi pas communiste ou franc maçon! Je signalerai seulement que les fascistes se nommaient «  national-socialistes ». Pas plus que je ne reviendrai sur les prétentions « sociales » et « révolutionnaires » de la Falange initiale, pourtant très fasciste, celle de « l'ausente », Jose Antonio Primo de Rivera, très critique dans les débuts du franquisme sur l’absence de politique sociale voire de non séparation de l’Église et de l’État.



Enfin, l’allusion faite au « révisionnisme » espagnol, évidemment, est également inappropriée. Mais c'est une habitude de confondre certains termes lorsqu'on parle de l'Espagne, « révisionnisme » en fait partie, tout comme « libéralisme ».



Le « révisionnisme », dont le "pape" est Pio Moa, fait référence à une interprétation de l'Histoire de la Guerre Civile Espagnole, qui voudrait que celle ci ait débuté à l'automne 1934 lors des émeutes ouvrières des Asturies. C'est une façon, une nouvelle fois de s'exonérer d'une responsabilité des militaires, celle de s'être rebellés contre un pouvoir démocratiquement installé. J'en parlerai probablement plus en détails. Ceci a à voir, certes, avec une nostalgie du franquisme, voire dans certains cas du fascisme, et en tous cas rien à voir avec le fait de respecter l'Histoire dans sa complexité, qui est l'antithèse exacte du « révisionnisme ».



Tout ça finalement pour nous expliquer combien il est nécessaire de se convaincre que tout n’est pas blanc ou noir. Après tout, Hitler avait aussi construit plein d’autoroutes.







11 commentaires:

Ludovic Pautier a dit…

Le maître es-pacotille ne me fait plus soulever que la paupière gauche.juste assez pour constater sa fatuité, à nouveau, bien dénoncé par tes soins Chulo de mi arma.c'est un contemporain parfait et probant.grand bien lui fasse à cette sainte quiche.
amen.

ludo

El Bison Futé a dit…

L'édito du vieux boucalais m'avait mis mal à l'aise, je sais pourquoi maintenant avec cet éclairage historisé

el Chulo a dit…

Mon ludo, c'est vgentil, mais je n'ai pas tout compris!

Merci de ta visite bison futé. Il me met aussi souvent mal à l'aise, lorsqu'il s'empare AUSSI de la Guerre d'Espagne et du franquisme.

pedrito a dit…

Podrido hasta el tuétano..... Et la fstf continue de se prévaloir de cet usurpateur politiquement malsain! Qu'est-ce qui leur faut, pour comprendre? A croire que certains sont aussi véreux!

Anonyme a dit…

Je ne retiendrai de ton article qu'un autre son de cloche, sur le plan Badajoz et c'est ça qui m'interesse vraiment. Je le lis parce que je sais que c'est frappé du sceau de l'honnêteté et parce que les excès t'horripilent. J'apprends. Après, les récupérations, les apropriations et expropriations... "Ha gente pa to".
Et puisque je parle de cloches, que sonnent celles de Umbrete pour annoncer la naisssance aujourd'hui, de Manolito chez mes amis Ruperto et Maria de los Angeles.
JLB

el Chulo a dit…

longue vie à Manolito JLB, et Maria de los Angeles est un bien beau prénom, comme la divine soprano du même nom.

el Chulo a dit…

ou presque, "de los angeles" Maria et Victoria

Marc Delon a dit…

j'ai connu une Maria à Los Angeles, c'était une vraie diablesse ! Mais que l'enfer était doux...

Maja Lola a dit…

Une voix céleste, Chulo .... et comme la victoire plaît aux anges !

El Coronel a dit…

Chulo, tienes mas actividad politica de España, que muchos españoles.¡¡¡Bien!!!

Anonyme a dit…

Très drôle le montage photo du Coronel ! Les tendidos (puissent-ils être partout aussi "rembourrés" !) du PP terrorisés par le "toro de oro" Barcenas, c'est bien vu.
Je profite de mon passage pour confier que Marc ne va pas très bien en ce moment. Il confond Los Angeles aux USA avec Les Angles, petite ville du Gard (où l'on peut visiter les derniers communistes français, purs, durs et fiers). Maria était la tenancière du café "Le Cercle", passionaria du PC toujours vêtue de rouge, d'où son côté "diablesse". Elle est décédée (et sa virginité avec) depuis déjà pas mal de temps.
Il n'y a, par ailleurs, plus d'anges sur la côte ouest des Etats-Unis : cardinaux et évêques se sont chargés depuis longtemps de les déniaiser...
JLB