Navalon de tentadeo

Navalon de tentadeo
Navalon de tentadero. Photo de Carmen Esteban avec sa permission

jeudi 2 septembre 2010

gymnastique revolutionnaire

Dans les années 30, et plus singulièrement après l’avènement de la seconde République espagnole, les anarchistes avaient maintenu une stratégie de « gymnastique révolutionnaire », qui se traduisit non seulement par des destructions de symboles religieux, mais aussi par des « mini émeutes », dont celles d’Arnedo, de Castilloblanco, de Llobregat et surtout de Casas Viejas.




L’église, tout au moins sa hiérarchie, avait au préalable clamé son attachement à la monarchie et son dégoût pour cette démocratie naissante. L’armée tenta un soulèvement totalement raté en 1932, sur le modèle des pronunciamientos fréquents du XIX ème siècle, sous l’égide de Sanjurjo qui devait par la suite être un participant important au soulèvement de Juillet 36 qui devait ouvrir la voie à une boucherie de 3 ans.



Cette gymnastique révolutionnaire avait miné la seconde république, provoqué, en grande partie, la perte des élections en 1933 au profit de la réaction, secouée elle-même par la révolte ouvrière des Asturies en 1934 qui donna lieu à des réactions prémonitoires de ce qu’allait être la guerre. La répression organisée par Franco avec ses troupes marocaines fut sanglante, ce qui radicalisa les positions antagonistes.Il fallut qu’en 36, la gauche espagnole présente un front populaire, dont l’union n’était hélas que de façade pour revenir au pouvoir et sombrer une nouvelle fois face aux exigences sociales et à l’insurrection militaire des 17/18 Juillet 1936.



Pourtant ces trois élections loyales, c’est à dire que tout le monde les jugea y compris à postériori sincères, ont toutes été perdues par ceux qui les avaient organisées, ce qui aurait pu constituer un signe plutôt satisfaisant de bon fonctionnement de la démocratie, et peut être d’un désir profond de l’électorat d’une voie médiane. Et, bien que les majorités, en décompte de voix droite gauche étaient étroites, la loi électorale amplifiait le phénomène au niveau des Cortes, en favorisant les grands regroupements et générant des majorités permettant de gouverner. Peut-on penser que l’issue aurait été différente si la gauche avait su maintenir une vraie union, on peut le penser, quoique les ressentiments des conservateurs, par rapport aux réformistes de tous crins étaient pour le moins violents. Ceci reste toutefois du domaine des spéculations.



Cette gymnastique révolutionnaire répondait, c’est vrai à une vraie détresse sociale, mais fut exercée dans un contexte revendicatif violent, mais aussi d’analphabétisme et d’absence de culture démocratique. Il est vrai que la seconde République avait fait naître des espoirs démesurés, et voulait répondre immédiatement aux nécessités d’une république et d’une démocratie : séparation de l’église et de l’état, réforme de l’armée, acceptation des revendications autonomistes, institution d’une école publique, sans parler du droit de vote pour les femmes, et enfin la très redoutable réforme agraire.



Les nouveaux dirigeants manquaient d’expérience, et souvent, on dut concilier espérances immédiates et potentialités réelles. Primo de Rivera et ses grands travaux avait modifié le panorama de l’Espagne, créé une émigration importante vers les grandes cités, (Madrid, Barcelone, et Bilbao),, et endetté gravement le pays. Bref, avec la crise de 29, et avec un certain retard, l’Espagne se trouva confrontée à un problème majeur de ressources qui compromit la réforme agraire, et les autres.



Bref , ne restait plus, face à l’inexpérience de ces nouveaux politiques qu’une demande du peuple.

Alors, pourquoi tout ce préambule chiant, je m’en excuse.



Il faut se méfier de la gymnastique révolutionnaire, mais en même temps analyser ce qui peut la rendre possible. Analphabétisme, porosité à des idées que l’on ne mesure pas, rejet social, refus de regarder les réalités.



Face à cela, un Etat qui pourrait bien renoncer à ses fonctions régaliennes : éducation des citoyens, ou de citoyens, aide aux plus démunis, construction d’un Etat plus tolérant.



Ce matin, alors que je fraudais et allais chercher mes cigarettes en Espagne, madame Parisot, outrée qu’on veuille augmenter la Csg. Elle gouverne à l’Elysée, on le sait, et elle fait savoir, mais cette réaction immédiate, comme un rappel à l’ordre, nous dit qu’elle va être « obligée » encore de détruire des emplois.

La vieille menace de la délocalisation, de recherche du profit immédiat, sans penser un seul instant à construire ou reconstruire. Le résultat la France est désindustrialisée, le chômage ne fait que croître, le cac 40 rythme nos télévisions.



Je devrais me satisfaire que ce matin ils ont dit que les grands du Cac ont doublé leurs bénéfices.?



Maintenant : une définition du fascisme : mettre les pouvoirs entre les mains d’un parti unique, conquérir les pays, (impérialisme), bref ce parti est celui du fric, auxquels tous les pouvoirs sont affiliés. Lobbies, basses manœuvres, ambitions personnelles.



La difficulté moderne est que ce capitalisme authentiquement fasciste aujourd’hui dans ces deux définitions, est de plus virtuel c'est-à-dire soumis aux desiderata d’une dizaine de personnes dominant le monde et auxquelles nos gouvernants doivent leurs élections



Et comme figurez vous que ce dieu le pognon, qui soumet les états eux-mêmes à des notations, est lui-même un titan aux pieds d’argile, bref, tout pourrait s’effondrer !



Alors, ces gosses des banlieues, manipulés, par la publicité et probablement quelques agitateurs, ces gosses, en échec, incultes, violents, qui ne savent rien de ce que nommons démocratie, crient un besoin de reconnaissance, dont ils ignorent même les plus simples fondements ou simplement l’existence. Vaste problème, quand on renonce à la mission régalienne de l’Etat en matière d’éducation, pour la confier aux organismes privés, mais que surtout, cet état, notre état, de démocratie et de tolérance n’a plus rien d’autre à dire qu’amen à un dieu de pognon sans racine et virtuel.



Alors Maja, nous n’avons rien inventé : les latifundistas faisaient des plans sociaux improvisés ainsi que les maîtres des forges d’Asturies. Et de Bilbao. Rien n’a changé ni ne change.



La modernité est d’être soumis à un dieu de paille le pognon, et virtuel, et se dire qu’au moins j’en profiterai le temps de ma splendeur d’imbécile même si je tue mes enfants, ou plutôt ceux des autres.

4 commentaires:

berrendita a dit…

Chulo: necesito releerte y echar mano de un traductor simultáneo, que el francés no es lo mío. Vengo desde la casa de la Condesa a desearte mucha suerte en tu andadura blogger.

Un beso berrendo. :))

Anonyme a dit…

Cher Chulo,
Ton rappel historique de la situation économique et sociale de l'Espagne des années 30 est très complet et l'analyse du contexte claire et précise, comme d'habitude. C'est un plaisir de te lire.
Mais les rapprochements et/ou similitudes que tu sembles faire avec la crise actuelle ne me semblent pas cohérents.
Plans sociaux improvisés dis-tu ? Je dirais plutôt "précipités" dans une nécessité évidente pour tous certes, mais qui ne fait que révéler de façon criante ces pieds d'argile que tu dénonces qui portent les pays soumis au CAC40.
Ce qui, dans l'Espagne des années 30, était une fragilité dûe à un fort taux d'analphabétisme et à l'inexpérience dans le domaine de la démocratie, n'a rien à voir avec une situation critique et dramatique induite par cette mondialisation qui s'est emballée et qui fait perdre tous les repères.
Stigmatiser l'argent pour l'argent en le sortant de son contexte économique me semble un raccourci idéologique trop simple. Sans entrer dans des sensibilités politiques que je devine en filigranne, je serais plutôt partisane d'une nouvelle approche justement plus humaniste. Les idéologies politiques ont révélé leurs limites. L'argent-roi n'est pas une fin en soi. Les inégalités sont une plaie mais une redistribution arthmétique (douce utopie) ne serait pas possible et risquerait d'en engendrer d'autes (inégalités). L'homme, cet être ambitieux déformé par une société de consommation et jamais repu dans sa recherche du toujours plus perd tous ses repères dans ce monde qui se délite.
Et c'est là, tu as raison, que ce titan aux pieds d'argile se découvre (ô surprise) tétanisé, assomé, groggy. Le rejet social et la détresse que vivent beaucoup aujourd'hui n'est que la conséquence de cette fragilité. Mais toutes les politiques politiciennes et leurs appareils à distribuer des mots d'ordre et à s'accrocher à leurs idéologies (sans parler des ambitions personnelles parfois pathologiques) ne peuvent pas répondre à cet humanisme qu'il faudrait revendiquer à grands cris.
Pourquoi cette société que nous vivons (subissons) dans une mutation colossale et une crise mondiale sans précédent ne pourrait-elle pas sortir des ces modes de fonctionnement qui ont révélé leurs limites ? (gauche, droite, alternances, idéologies gravées dans le marbre, appareils des partis, lobbies liés à l'ensemble ...
Lorsque je vois les débats où tout le monde se baptise "démocrate" et où l'on ne fait que brandir la "feuille de route" de son parti (sans parler de l'étalage ostentatoire de son égo), je me dis qu'il n'y a plus grand chose à faire. Que, finalement, s'ouvrir vers une mondialisation (si elle n'était pas aussi perverse et destructrice sur le plan économique) serait le moyen de sortir de ce nombrilisme stérile, de cet éternel théâtre de vanité trop joué.
Ne sommes-nous plus capables de tourner définitivement des pages pour en écrire de nouvelles ? De bâtir ensemble dans le respect d'une pluralité d'idées pas forcément inféodées à des partis ? Douce utopie ?
Ou est-ce le début .... de la fin ....
Tellement envie parfois de prendre le large, d'aller respirer ailleurs, sans subir le sentiment coupable d'une fuite lâche.
Mais le "Carpe diem" dont je m'inspire au quotidien (et que tu peux peut-être qualifier de "profit dans une splendeur imbécile") aide à vivre et certainement à donner aussi du bonheur aux autres.
Tu vois, je n'ai pas ton expérience ni ta fougue à défendre tes convictions. Mais je suis ô combien admirative de la richesse (non, je n'ai pas parlé "capital") que tu nous transmets par tes textes.
Gracias Chulo
Con un beso de aprecio fuerte.
Maja Lola

el Chulo a dit…

Chère Maja,

il y aurait peut être beaucoup à répondre à ton intervention, je veux dire que tout ceci dépasse un ou deux articles de blog. Lorsque j'ai parlé de gymnastique révolutionnaire, je faisais le parallèle avec les trop fréquentes émeutes en banlieue qui me semblent, elles, avoir beaucoup de liens et de cohérence avec cette "gymnastique".
pour le reste, je n'ai pas l'intention de révolutionner le monde, et ne suis pas le moins du monde utopiste.
c'est plutôt le constat d'un homme de gauche il est vrai, mais qui n'a jamais été encarté, et ne le sera jamais.
pour moi, aussi, être de gauche c'est placer l'humain au dessus de tout, sans concession.
de la même façon, je pense que la république et à fortiori la démocratie ne peuvent exister et fonctionner que si elles sont humanistes et surtout vertueuses.
je pense également, sans tomber dans le tous pourris, que la politique devrait être au service de l'humain, disons du peuple et non du fric.
je pense enfin, que cette politique doit retrouver des dogmes et des terrains de vrais engagements, avec de vrais enjeux, et d'affrontement législatif véritable, autres qu'une soumission généralisée comme une fatalité aux seules lois du fric.

en tous cas merci pour ton élégante, intelligente et sensible intervention.

un beso maja

Anonyme a dit…

Cher Chulo,
Merci pour ta précision sur la "gymnastique". Plus clair à présent pour moi. Mais tu as ouvert une porte par laquelle il m'était difficile de ne pas m'y engouffrer (et pourtant, je n'ai pas bu du Génépi, Marc). Mille fois d'accord avec ta conviction de placer l'humain au-dessus de tout, mais ce doute ne m'a pas un instant effleurée.
Un beso vespertino
Maja Lola

P.S. La llegada de tu "blog" ha sido un acontecimiento alabado por la Condesa de Estraza. Que exito ! Un franchute castizo con pasion historica tan rica y completa. Olé ! Y adelante !